INTO THE WILD

Publié le

de Sean PENN

Pathé Distribution

(Etat-Unis - 2007)

genre : drame/aventure (2h25)

Tout juste diplômé de l'université, Christopher McCandless, 22 ans, est promis à un brillant avenir. Pourtant, tournant le dos à l'existence confortable et sans surprise qui l'attend, le jeune homme décide de prendre la route en laissant tout derrière lui.
Des champs de blé du Dakota aux flots tumultueux du Colorado, en passant par les communautés hippies de Californie, Christopher va rencontrer des personnages hauts en couleur. Chacun, à sa manière, va façonner sa vision de la vie et des autres.
Au bout de son voyage, Christopher atteindra son but ultime en s'aventurant seul dans les étendues sauvages de l'Alaska pour vivre en totale communion avec la nature.

Emile Hirsch. Paramount Vantage

Parfois, l’usine à rêve, fortement emprunte de vénalité et de désir d’impérialisme cinématographique, que constitue le cinéma américain, nous livre des purs chefs-d’œuvre, des classiques immédiats, de ceux qui marquent, dont on ne peut se défaire comme ça, en passant à autre chose, et en oubliant derechef ce que l’on vient de voir. Des œuvres contemplatives, certains diront calibrées pour s’attirer l’adhésion instantanée du plus grand nombre, mais au final, profondes, émouvantes, et surtout sincères qui titillent notre intellect, ici notre désir de vraie liberté.

L’hymne à la nature (et à l’humain qui l’a délaissée au profit du nature plus vile) de Sean Penn fait, à n’en pas douter, partie de ces œuvres qui se doivent alors d’être vues.

Si l’histoire vraie est ici scénarisée, elle rend brillamment hommage à ce jeune homme qui a eu le courage de laisser derrière lui, tout ce qui faisait de lui quelqu’un que la majorité des gens aurait voulu être…Issu d’une famille aisée, de bonnes études, une situation presque garantie, et un avenir sans besoin, juste des envies.

Mais Chris McCandless est fait d’autre chose, un bois bien plus précieux, ou comme un charbon dans les entrailles de la terre, compressé par la routine coutumière d’une vie qui l’indiffère, jusqu’à ce que le diamant fou et brillant qu’il recèle en lui, lui fasse prendre la plusCatherine Keener. Paramount Vantage extrême des décisions…tout plaquer sur un coup tête, et laisser derrière lui ceux qui l’aiment. Chris a d’autres envies…celle d’une liberté totale, cette liberté si souvent décrite dans ses lectures de jeunesse qui furent aussi, pour certains d’entre nous, les nôtres (Jack London)…l’appel d’une nature oubliée au profit des grandes cités dortoirs où règnent, solitude, pauvreté et où se meurt l’amour, le vrai. Si on a tous eu, à un moment ou l’autre, cette envie de tout plaquer, pour recommencer une autre vie, ailleurs, autrement…rares sont ceux qui ont eu le courage et la volonté de se défaire de ce qui a toujours été notre vie. Par peur, par lâcheté, ou par un désir finalement pas aussi fort que prétendu.

Durant mes voyages, en Asie notamment, j’ai rencontré quelques diamants bruts de ce genre (pas aussi extrêmes cependant), qui avaient tout laissés derrière eux pour parcourir le monde, vivant ici ou là pour quelques temps, et bougeant au gré du climat, du besoin, de leur volonté profonde.

Emile Hirsch. Paramount VantageLe jeune Chris, et à travers lui, le candide et charismatique Emile Hirsh qui l’interprète, cristallisent ainsi cette volonté farouche et rare, en nous faisant partager par les images sublimes de la nature qu’il parcoure, un peu de cette vie rêvée d’un ange au cœur pur. S’il laisse derrière lui une famille qui se rendra compte sous peu du poids de son absence, il s’en découvre une autre toute aussi belle, vraie, sincère et attendrissante durant les étapes de ses deux ans de voyage.

Que ce soit des hippies, jeunes ou vieux, un vieux militaire véritablement seul au monde, des touristes danois farfelus et natures, ou des patrons aussi paternalistes que déjantés, le jeune voyageur, au hasard de ses rencontres fortuites, prendra ici et là des conseils, acquerra des connaissances, vivra des expériences, dans le but ultime de sa destination finale…l’Alaska et sa nature sauvage.

Le récit, entrecoupé de flashbacks habilement agencés, et de plusieurs voix off sur le défilement des images, nous rappelle que quoi qu’il fasse, il n’est jamais véritablement seul. Il  traîne avec lui les souvenirs de ceux qu’il laisse derrière lui, mais aussi les sentiments qu’il provoque chez ceux qui le recueillent pour quelques heures, jours ou semaines. Son départ est toujours source de chagrin tant il a en lui quelque chose qui manque cruellement à tous ces personnages hauts en couleurs. Une pureté d’esprit, une lucidité certaine, et ce grain de folie qui ne va pas être sans conséquences…Tous le sentent bien quand ils le regardent s’éloigner lentement, reprendre la route, et son voyage initiatique.

Personnellement je n’ai pu m’empêcher de penser à un renouveau du mythe de SiddhārthaEmile Hirsch et Hal Holbrook. Paramount Vantage Gautama, héritier d’une caste élitiste à qui l’on cache la misère de son peuple, et accessoirement du monde, et qui découvre un jour ce mensonge familial, l’illusoire perfection  de son existence face à la souffrance et la beauté du monde et de l’humain qui l’entoure. Il délaissera palais et opulence pour vivre une vie d’ascète et de méditation, pour finalement créer le concept du bouddhisme.

Certes la finalité entre le premier Bouddha et ici le jeune Chris n’est pas la même, loin de là, mais dans sa quête de la vérité, de la lumière, il prendra conscience de beaucoup de choses, et écrira quelques phrases qui pourraient très bien faire office de révélations, de préceptes philosophiques ou spirituels. Le jeune Chris, du haut de ses 23 ans réussit à en connaître plus sur la vie que ses aînés, et prodigue par ses sages paroles, des conseils lumineux sur leur vie future. On pourrait également faire un parallèle avec Woodie Guthrie ou Jack Kerouac qui ont tous deux en leur temps, eus le même désir d’être sur la route, à vivre une vie de bohème. Tous deux plus âgé que notre jeune voyageur, ils ont eus chacun le temps de livrer leurs réflexions à travers livres, poèmes ou chansons…si le piège de la nature, que Chris McCandless respectait plus que tout, ne s’était pas refermé d’une manière aussi injuste et ironique, on n’ose imaginer ce qu’il aurait pu léguer, autre que les observations sporadiques de son carnet de voyage, aux générations futures.

Road movie fabuleux, d’une beauté quasi mystique donc, également constat triste et réaliste de nos vies modernes, Sean Penn filme ses personnages et la nature que son personnage traverse, comme un photographe touché par la grâce. Il réussit à trouver un casting quasi parfait pour toutes ces « tronches » marquées par la vie, et en restant au plus près des acteurs, capte dans des gros plans magnifiés par une lumière omniprésente (c’est ce que recherche le jeune voyageur) des regards touchants (les vieux hippies), ici une tristesse (le vieux militaire), là un regard de désir (la jeune hippie guitariste), ou encore des regards fatalistes, haineux, résignés, quand il croise les sans abris des villes, les autorités ferroviaires.

Emile Hirsch. Paramount VantageA la fois sublime (le film regorge de plans magnifiques) et dramatique (les vérités familiales sont somme toute des situations connues de tous), ce film est une pure merveille du début à la fin, sans temps mort, remarquablement interprété par l’ensemble du casting, jusqu’à une fin d’une beauté saisissante malgré la noirceur et l’ironie de la situation.

Du grand art qui fera date dans le cinéma, et sans nul doute un futur classique, même si pour moi il est santo subito. Un film taillé pour le Blu-ray, où le spectacle est tout simplement grandiose, et rend hommage à la sublime photographie d’un film lumineux…et ce, dans tous les sens du terme.

Si Clint Eastwood s’est imposé depuis longtemps dans ce domaine (Sur la route de Madison, Mystic River, Million Dollar Baby, Sean Penn n’a, sur ce film, absolument rien à lui envier. 19/20

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borat8 12/10/2009 19:24

Allocine m'a assez gonflé avec ses bugs à la con.Ils ne font rien pour les enlever,pas étonnant que les gens partent.

Kschoice 12/10/2009 18:41

Un de plus :-)
J'ai déménagé mon blog de jeux aussi sur canalblog. Le lien en bas à droite à été mis à jour si ça te tente (Ze quizz factory) Je pense que je vais garder mon blog ciné pour le moment histoire de m'habituer à mon nouveau site de jeux, et si ça marche vraiment bien, peut-être m'exilerai-je là-bas également.

borat8 11/10/2009 20:40

Je viens t'annoncer que je pars d'Allocine pour Canalblog.Allo me pompe l'air avec ces bugs.Si tu tapes sur mon pseudo,tu tombera dessus.

borat8 10/10/2009 17:50

Sinon les paysages sont d'une beauté imparrable!ça je veux bien le dire!

Kschoice 10/10/2009 14:36

La beauté est dans l'oeil de celui qui regarde...ce qui plaît à l'un ne plaira pas à l'autre ;-)