VA, VIS et DEVIENS

VA, VIS et DEVIENS
De Radu MIHAILEANU (2004)

Une mère chrétienne pousse son fils de neuf ans à se déclarer juif pour le sauver de la famine et de la mort. L'enfant arrive en Terre Sainte. Déclaré orphelin, il est adopté par une famille française sépharade vivant à Tel-Aviv. Il grandit avec la peur que l'on découvre son double-secret et mensonge : ni juif, ni orphelin, seulement noir. Il découvrira l'amour, la culture occidentale, la judaïté mais également le racisme et la guerre dans les territoires occupés.
Les premières images soutenues par une musique retenant lattention, donnent le ton du film. Un film qui ne laissera, de toute manière, pas indifférent, et qui, à travers le destin dun jeune garçon au cur dun village éthiopien, va connaître la douleur de la séparation, lexil, la découverte de pays aussi différents quinsolites pour lui, et le prix du mensonge. Un mensonge qui lui sauve bien sûr la vie, mais qui va la rendre difficile à vivre.

Au travers de situations qui appellent à la réflexion, notre jeune exilé, candide et désormais sans repères, devra se mesurer à la curiosité dun peuple plutôt en proie aux sarcasmes et au racisme.
Côté réalisation, cest tout à fait acceptable bien que sans réelle innovation. Mihaileanu (réalisateur de lexcellent « Train de vie ») na visiblement pas fait ce film pour être légal de Spielberg, et même si son uvre (qui frôle les 2h30) comporte beaucoup de maladresses, le fond lemporte au final ici sur la forme. Le propos du film, fort et porteur démotion, est cependant un peu gâché par le niveau dinterprétation. Certaines scènes manquent cruellement de naturel mais aucunement de sincérité, et les personnages, lhistoire et la musique sont suffisamment subtils pour faire oublier ces petites maladresses.

Roschdy Zem et Yaël Abecassis apportent tous deux un peu de professionnalisme à l'ensemble, et nous livrent une prestation loin dêtre ridicule, bien que manquant dun petit quelque chose. Par ailleurs, le réalisateur réussit à travers quelques plans bien placés, à nous montrer toute labsurdité de notre monde moderne, et des échanges entre des peuples pourtant si semblables. C'est aussi un bel hommage aux femmes du monde entier, et aux mères en particulier. Car entre celle qui accepte de le laisser partir, celle qui l'emmenera dans le bus, et celle qui l'adoptera, notre jeune héros passera entre les mains d'un amour inconditionnel, jusqu'à celui de cette jeune juive qui passera outre les préjugés, la morale et la couleur de sa peau pour lui offrir son coeur. Il découpe son film en trois parties importante pour son personnage. L'exil (où il quittera sa famille et sa terre), l'apprentissage de la vie (l'école, la religion, les relations humaines et la découverte de l'amour), et son personnage adulte enfin devenu quelqu'un. Va, vis, deviens...
Un film réussi donc, même si un peu téléphoné et prévisible parfois, émouvant et réfléchi qui donne la part belle à la réflexion, au verbe et au sens réel de nos vies dhumains. Regarde, écoute et réfléchis. 16/20

