A VIF

(The brave one)
De Neil JORDAN
(Etats-Unis 2007)
1h55

Erica se remet lentement de ses blessures, mais non de la perte de David. Pire, la ville qu'elle aimait tant lui inspire désormais une profonde angoisse. Ses lieux les plus familiers, les plus accueillants, lui sont devenus aussi étranges qu'inquiétants.
Erica décide d'agir contre cette peur qui menace sa raison. Elle s'achète une arme. Elle tue une première fois, en état de légitime défense, puis une deuxième fois alors qu'elle aurait pu se mettre à couvert. La peur qui la paralysait depuis des semaines, s'envole du même coup, cédant la place à une obscure et indéfinissable pulsion. A chaque fois qu'elle tue un nouvel agresseur potentiel, Erica a le sentiment d'occulter un peu plus son drame, de remonter le fil du temps, de ramener David à la vie.
La population suit avec une fascination horrifiée les exploits de ce mystérieux "justicier", et le lieutenant du NYPD Sean Mercer finit par soupçonner Erica, avec laquelle il a noué une étroite relation...
Sur une histoire basique de vengeance à laquelle on prend goût, le film fait inexorablement penser à Un justicier dans la ville, version féminine.
Mais sarrêter à cette simple comparaison serait terriblement injuste et surtout réducteur. Car sous couvert dune histoire maintes fois portée à lécran, le scénario est bien plus subtil quil ny paraît et décrit, avec une intensité rare, les sentiments éprouvés lors de la perte dun être aimé. Mais aussi tout ce qui découle dune violente et traumatisante agression physique.
Le côté psychologique nest pas en reste et est conforme à ce que lon déjà vu par le passé La victime commence à développer une profonde anxiété, suivie dun début dagoraphobie (la victime à peur du monde extérieur, et préfère la sécurité de son « chez soi »). Lorsquelle réussit à sortir enfin, cest pour être apeurée du moindre bruit qui lui rappelle le pire. La paranoïa fait alors son apparition, surtout que les services de police chargés de retrouver les coupables, traite la victime comme un dossier standard et non prioritaire puisquil ny a plus danger immédiat.
Délaissée par tous, la peur sétend aux endroits connus, autrefois aimés. Survient alors le désir de se protéger soi-même, dacheter une arme (si besoin illégalement). Arrive alors la lente transformation de la personnalité (nécessaire à la survie de soi, et dans une moindre mesure des autres) celle dautrefois nexiste plus, et fait place à une nouvelle dans une ivresse dun pouvoir chaque fois plus puissant quand il est finalement dompté.
Voici pour lintroduction de ce film qui sannonce différent de ce qui a été fait par le passé. Ce pour plusieurs raisons
La première, et la principale, sappelle Jodie Foster. Elle trouve ici un
rôle à la hauteur de son talent, qui nest plus à prouver après ces précédents rôles tels que Taxi driver, Les accusés, Le silence des agneaux, Sommersby, Nell, Contact et Panic Room. Son dernier film en date sera donc à ajouter dans la longue liste de ses rôles forts et poignants. Elle prête sa frêle silhouette, son charme et sa sensibilité à un personnage touchant et ambigu, qui personnellement ma donné un frisson de compassion, dans des scènes dune beauté troublante malgré la laideur de ce quelles montrent.
Toute lambigüité est là, et cest une autre des raisons de la différence de ce film. Ce dernier explore la conscience humaine et féminine de son personnage avec une rare habilité, avec une intensité palpable, le tout porté par une musique appropriée qui renforce le processus intimiste du cas de conscience, de la légitimité de ces actes pourtant répréhensibles, mais que lon comprend profondément quand on les ressent avec ses tripes.
Un film sensible donc, parfois émouvant, interprété avec brio par une Jodie Foster littéralement habitée, brillante hallucinante, et qui relance le sujet tabou, discuté, et discutable de la légitime défense et surtout de lauto-justice. Jodie Foster retranscrit à merveille cette ambigüité du personnage, qui devient d'une sauvagerie primaire assez surprenante, après le meurtre de l'amour de sa vie, et où elle peine parfois à se reconnaître elle-même. Il faut passer outre la mollesse de la réalisation, le style différent des polars d'aujourd'hui pour essayer de comprendre intimement ce que peut provoquer un tel évènement chez ce personnage. Personnellement, je n'ai qu'à penser à ma fille, et bien que je sois contre la peine de mort, il se pourrait bien que je presse la détente moi aussi. Comme le dit son personnage, on ne recolle pas les morceaux après un tel choc psychologique, on devient quelqu'un d'autre. On oublie tout ce qu'on a appris, tout ce que l'on est, ce que l'on voulait vivre.

De comprendre aussi cette relation étrange qu'elle entretien avec le flic, et la décision de ce dernier qui ne convaincra pas tout le monde.
Tout dépend de notre vision des choses, de nos sentiments, nos convictions, nos préjugés...et heureusement que nous n'avons pas tous la même pensée unique, ce qui prouve que nous existons en tant qu'individu propre à penser par lui-même.
Le réalisateur irlandais Neil Jordan, auteur du grandiloquent et visuellement très réussi Entretien avec un vampire signe là un film extraordinaire, loin des films dactions traditionnels ou des thrillers musclés qui avaient pour thème le même sujet. Il filme tout en douceur, tel un photographe urbain les rues de la ville, arpentées par un personnage meurtri dans sa chair et surtout dans son cur. Mais il noublie pas cependant de se réveiller dans les scènes de meurtres, parfois sauvages et intenses.
Réussi sur tous les plans, ce film est à réservé aux amateurs de films psychologiques. Dun rythme posé, structuré, profond, il fait désormais partie de mes coups de cur absolus, et ne manquera pas de vous subjuguer par beauté cachée, à limage de son actrice principale, que lon a irrésistiblement envie de protéger. Superbe. 18/20
Bande-Annonce ICI

A noter également la performance de Terrence Howard, loin dêtre ridicule, celle de lex-soldat iraquien de LOST Naveen Andrews, et les débuts à lécran de Zoë Kravitz, la fille du rocker romantique.

Découvrez Sarah McLachlan!
Un des titres utilisés sur la Bande Originale du Film.