300

300
De Zach Snyder (2006)
Adapté du roman graphique de Frank Miller, 300 est un récit épique de la Bataille des Thermopyles, qui opposa en l'an - 480 le roi Léonidas et 300 soldats spartiates à Xerxès et l'immense armée perse. Face à un invincible ennemi, les 300 déployèrent jusqu'à leur dernier souffle un courage surhumain ; leur vaillance et leur héroïque sacrifice inspirèrent toute la Grèce à se dresser contre la Perse, posant ainsi les premières pierres de la démocratie. A lheure ou le cinéma sempare de plus en plus des légendes du passé, quelles soient vraies ou non, les légendes étant par définition une part infime de vérité et beaucoup denluminures, on redécouvre certaines des valeurs dun passé révolu, où les héros, (ici des féroces guerriers bodybuildés) se battent déjà pour des choses politiques (invasions de territoires). Mais des guerres aussi où sentremêlent parfois de simples histoires de fesses (Hélène de Troie). Dès lors vont apparaître des héros imaginaires, plus ou moins vertueux mais on ne peut plus droits dans leurs bottes. Des héros qui vont apparaître dans les légendes historiques (Ulysse, Hercule, Persée etc ), les BD (Rahan, Alix) ou la littérature (Tarzan, Conan), premiers supports de rêves héroïques pour les adolescents que nous avons tous été, ou que nous sommes encore (cest généralement vers cet âge que lon découvre ces personnages emblématiques qui forgeront nos bases culturelles).
Ces héros, si puissants, dans leur force et leur mental, ne seront dès lors pas de doux agneaux et nauront rien du Mahatma Gandhi. Si vous les frappez sur la joue droite, nespérez pas quils tendent la gauche, et préparez-vous plutôt à vous faire défoncer la mâchoire. On adopte le précepte multimillénaire dil pour il, dent pour dent. Apparaît alors une violence qui sera la marque de fabrique de ces héros, car celui qui nous meurtrit est à la base plus fort que nous et pour le vaincre il faut une force plus évidente encore.
Cen est donc fini des parlementations interminables à coups de manipulations psychologiques, de force desprit, et le combat se déterminera au tour de biceps. Rien nempêche quil y ait une certaine intelligence dans les combats, on parle alors de stratégie.Même encore aujourdhui, si les muscles ont disparu, cest toujours celui qui a la plus grosse armée ou bombe qui prendra un avantage certain sur lautre. Une dissuasion militaire parfois aussi rapide quefficace bien quextrême.Un héros, un guerrier, est donc par définition violent, même si la cause quil défend est juste, et ils ont tous à leur compteur des morts violentes par découpages de bidoche, décapitations et jen passe (voir le dernier en date John Rambo qui tire à bout portant avec du gros calibre ou utilise des explosifs pour éparpiller ses ennemis façon puzzle). La violence, il faut bien lavouer fait partie intégrante de lêtre humain. Et loin den faire lapologie, les films comme Braveheart, Gladiator ou 300 et Kill Bill, traitent cette violence de manière visuelle, graphique, dans des uvres dauteurs aussi différents que passionnés.
Oui, on aime tous la violence, qui na pas jeté un il sur deux camarades qui se battent dans la cour de lécole ou un grave accident sur lautoroute, qui na pas vibré devant le duel des bleus et des All blacks, devant des combats de boxe, qui ne sest pas défoulé sur Tekken, et qui na pas fermé les yeux devant les images de camps de concentration montrées au procès de Nuremberg. Il y a ce besoin de violence virtuelle ou par procuration, afin dexpurger nos sentiments et se défouler, et cette violence réelle que lon voit dans toutes les guerres, celle du débarquement du Soldat Ryan, des guerres de tranchées ou des attentats suicides sur des marchés du Moyen-Orient, celles qui remettent les choses en place.
Ce n'est pas tant une question d'aimer la violence ou pas, bien qu'elle nous fascine tous, c'est juste que l'on sait que c'est du cinéma et pas la réalité.A partir de cette façon de penser, adapter le mythe des guerriers spartes en faisant une uvre visuelle originale, ne pouvait que donner quelque chose d'exceptionnel.On parle ici de cinéma et de légendes, mélange de BD, de peinture, et de fresque cinématographique grandiose. Jai lu des critiques on ne peut plus négatives (ce nest pas la question, chacun voit midi à sa porte et est libre de penser ce quil veut) mais pour des mauvaises raisons. Je comprends que lon puisse ne pas aimer, cest en effet très spécial, très violent. De là à dire, comme certains lont écrit sur des sites du Net (et même des journalistes), que ceux qui aiment ce film nont plus quà envoyer leurs enfants dans une armée dictatoriale et les envoyer faire des massacres en Irak, cest absolument réducteur et stérile, sans aucune ouverture desprit.
Même certains Disney sont très violents, mais là comme par hasard, du moment que cest estampillé Disney, ça passe comme une lettre à la poste (et je sais de quoi je parle, je suis facteur ;-) ) Mais il y a dans chaque Disney, une violence latente censée éduquer une enfance qui doit se préparer à la dure réalité de notre monde moderne (la mort de la mère de Bambi en a traumatisé plus dun, et celle du père de Simba, attristé bien dautres). Si lon regarde bien lentrée en matière de 300, cest exactement ce quil se passe. On ne baratine pas les enfants avec un Père Noël, une souris qui transforme des dents en pièce de monnaie, ou des anges gardiens qui veillent au dessus de leurs têtes. Quant au loup qui fait peur, tu vas aller le combattre toi-même afin de devenir un homme ce nest quun animal qui saigne, donc qui peut mourir. Ce qui ne tue pas te rend plus fort ! Mon enfant, ici ton cadeau sera de te sortir vivant dun combat inéluctable, les dents, tu iras toi-même les prélever chez ton adversaire, quant aux anges gardiens, ils ne sont pas au-dessus de ta tête mais à tes côtés, ces frères darmes qui combattent avec toi. Il ny a ici ni mensonges, ni histoires, ce nest que le reflet dun monde, certes sublimé par un traitement graphique et une histoire scénarisée, et qui met en avant certains codes dhonneur et de courage, qui amène plus le respect que le dégoût devant ces flots dhémoglobine.
Oui, c'est violent 300 contre 1 million c'est sûr quils ny sont pas allé avec une bible à la main (surtout que ça se passe bien avant la naissance de Jésus) ou un couteau suisse. Cest aussi très manichéen, les fiers Spartiates qui nont rien demandé contre les nombreux et vilains Perses. Il y a aussi son lot de trahison (Ephialtès) et darrangements secrets (la reine qui offre sa chair en échange de la vie de son roi de mari). Certes, on est plus chez loncle Walt, mais il y a cependant toutes les notions que lon retrouve chez lui. Et ce roi Léonidas (qui na rien à voir avec les chocolats !), interprété avec un charisme certain par Gerard Butler (quon avait déjà remarqué aux côtés de Christian Bale dans le très bon « Règne du feu ») na rien à envier au héros sombre de Robert E. Howard (qui a écrit six ou sept histoires superbes de Conan) ou au puissant Maximus de Gladiator. Côté acteur, on notera aussi la présence de David Wenham, plus connu sous les traits de Faramir, petit frère de Boromir qui combattirent tous deux aux côtés dAragorn dans la trilogie du « Seigneur des anneaux ».
Le film se rapproche donc plus d'un péplum version héroïc-fantasy (en gros, une armée de 300 Conan barbares) que d'une véritable fresque historique. Mais visuellement parlant on est devant un pur truc monumental. C'est un exercice de style, n'y cherchez pas de réalité historique, de crédibilité scénaristique. Au même titre que "Le seigneur des anneaux" l'adaptation ciné était difficile, et elle est ici, on ne peut plus réussie. Le film possède bien quelques maladresses, des personnages démesurés de presque
Mais honnêtement, le film possède quand même bien plus de qualités que de défauts et le spectacle de ces guerriers valeureux vaut assurément le détour, et cest ce choix visuel assez recherché et finalement très esthétique qui donne à lensemble son côté unique, moitié BD et moitié peinture (la palette graphique en remplacement du pinceau) qui le dispense finalement de toutes les critiques sur la crédibilité historique et scénaristique, que le film ne manquera pas davoir. Ce n'est, après tout, que du cinéma, et cette prouesse là est grandiose. 18/20
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