ROCKY III - L'oeil du tigre

Publié le

(Rocky III)

de Sylvester STALLONE

(Etats-Unis - 1982)

genre : Drame sportif / 1h40

Rocky Balboa est aujourd'hui un champion respecté, après ses deux victoires contre Apollo Creed. Mais lorsqu'il perd contre un nouveau venu sur le circuit, c'est Apollo Creed lui-même qui va venir à sa rescousse et lui redonner le goût du combat et de la victoire.

- Prendre du recul -

Pour ce troisième volet des turpitudes du boxeur au grand cœur, nous quittons le kitch des 70’s, ses muscles cars, les fringues ringardes et les coupes de cheveux à hurler de rire (surtout sous champis magiques), pour le faste des années 80.

Pour ceux (ou celles) qui ont eu la chance de les traverser, ils se rappelleront tout ce qu’elles nous ont apporté en termes de technologies (Cd, téléphone portable, la FM stéréo, le magnétoscope, les tous premiers jeux vidéos d’arcade grand public, la popularité sans cesse grandissante des clips vidéos et j’en passe…), ainsi que tous les standards musicaux et cinématographiques qui ont façonné l’adolescence de beaucoup (dont la mienne). Pour ceux qui ont vécu cette décennie, ils se rappelleront aisément la frénésie qui régnait à cette époque, ô combien riche en évènement de toutes sortes (concerts évènementiels, sorties ciné d’œuvres amenées à devenir cultes et incontournables…), qui n’ont pas manqué de laisser une emprunte tenace et quelque part nostalgique dans nos esprits d’adolescents passionnés.

Rocky rentre donc de plein pied (gants serait plus juste en fait) dans une décennie rythmée où tout va plus vite, où tout se joue sur un rien, où l’ancien est vite oublié au profit de la nouveauté  tendance.

 

Le début du film, comme pour La revanche, s’ouvre sur les dernières minutes du combat précédent contre Creed. Pour l’ouverture de ce troisième volet, Stallone, toujours à l’écriture et à la réalisation, passe en revue les différents combats que livre Rocky, les coupures de presse, les désormais incontournables publicités, où on le sent tout de même plus à l’aise. Jusqu’à la célébrité des talk-shows ou du Muppet Show. De nouveau une belle voiture, des vêtements, une grande et fastueuse maison…Dans une séquence de plusieurs minutes, il alterne donc les combats de Rocky et d’un challenger plus qu’intéressé par ses combats…un futur adversaire qui se nomme Clubber Lang (Mister T), bien déterminé à prendre la ceinture de champion du monde. Alors qu’il devient bientôt le n°1 de sa catégorie, il ne cesse de demander le champion.

Il est vrai que les prétendants au titre sont nombreux, mais Rocky veut garder son public et il fait ce qu’il faut pour cela…

Ce dernier s’embourgeoise, mais ses sentiments sont toujours inchangés, il reste celui que tous (y compris nous les spectateurs) ont connu.

C’est dans cet état d’esprit que le désormais champion du monde doit tenir son rang, et continuer à s’attribuer les faveurs du public. Pour cela, rien de tel que d’organiser des matchs exhibitions pour une bonne cause.

 

Pour cela, il mélange les genres en se confrontant au géant catcheur Hulk Hogan, grimaçant au possible dans un combat assez drôle…enfin pour celui qui le regarde, car Rocky n’en mène pas large. La séquence, emprunte d’un humour inhabituel mais plaisant, reste très efficace néanmoins tout en apportant un changement qui humanise un peu plus le personnage. C’est ici que le scénario introduit un nouvel élément qui sera déterminant par la suite…Mickey, l’entraîneur colérique mais paternaliste, semble être devenu bien fragile du cœur. A l’occasion d’un hommage qui se veut plus comme une consécration, une statue est érigée à l’image du boxeur qui a tant fait pour la ville de Philadelphie, qui l’a vu grandir. C’est à cette occasion que Rocky annonce son désir de raccrocher les gants. Rocky et son entraîneur ne sont plus touts jeunes. Mais un spectateur n’a pas l’intention de se voir voler sa chance de combattre le champion en titre afin de lui prendre sa ceinture…dans une altercation verbale assez prétentieuse et totalement dénuée de respect, il réussit à provoquer Rocky, qui accepte de le défier officiellement.

 

S’en suivra une explication avec son entraîneur qui refuse catégoriquement ce combat, lui expliquant que ce challenger pourrait bien cette fois-ci le réduire en bouillie. Mickey, en tant qu’entraîneur a fait ce qu’il fallait pour préserver son poulain, allant jusqu’à lui proposer d’honnêtes combats mais gagnés d’avance. Ce bestiau belliqueux, lui, en veut comme jamais et pourrait bien bousculer le champion. Alors que Mickey lui avoue les raisons pour lesquelles il refuse de l’entraîner pour ce combat, Rocky devient de plus en plus déterminé…c’est l’occasion de prouver aux yeux du monde qu’il n’a pas volé son titre. Toujours avec humour, il réussit à convaincre son vieil entraîneur de se lancer dans cette ultime aventure.

Mais on s’aperçoit bien vite que Rocky a tout de même changé, ses entraînements ne sont plus aussi rigoureux, et à l’instar d’Apollo Creed, il se pose en star excentrique et imbue d’elle-même, sur de l’issue du combat.

 

Au moment du match, une ultime provocation de Lang va faire basculer la vie des protagonistes…Mickey est bousculé, Rocky s’emporte, les flashs fusent et dans la confusion, Adrian s’aperçoit que Mickey est au plus mal…son cœur le rappelle à l’ordre, et il est emmené au calme dans les vestiaires, où Rocky veut arrêter le combat. Il ne peut combattre sans lui. Mickey ne veut pas et convainc Rocky d’aller botter les fesses à Lang. Tandis qu’Adrian reste avec le vieux Mickey, Rocky, déstabilisé par l’incident et inquiet pour son vieil entraîneur, n’a pas la tête au combat…l’affaire est vite réglée, et Rocky perd son titre en moins de trois rounds.

Retour au vestiaire…Mickey est de plus en plus mal, tous sentent que cette fois, c’est la fin. Mickey s’éteint après avoir eu vent par Rocky du résultat du match…en omettant toutefois de lui avouer sa défaite. La séquence, très sobre, reste poignante, et me fait toujours verser ma petite larme…Mickey, malgré ses colères et son caractère bougon, s’avère être un papy attachant et l’on se surprend à être touché au plus profond par sa disparition.

Après l’inhumation, Rocky va errer dans Philadelphie, ressassant son échec et se livrant corps et âme au chagrin le plus profond. Les mots de Mickey résonnent, après les victoires, les flashs et la célébrité…Rocky doit faire face à son plus terrible adversaire…le doute. Toute sa vie est remise en question sur les aveux de son entraîneur. Finalement…est-il un bon boxeur ou juste un pantin manipulé ?

 

Même Adrian ne réussit pas à lui faire remonter la pente. C’est Apollo Creed, son adversaire de jadis qui va donc essayer de remettre le train sur les rails. Ce dernier semble avoir un plan, et veut s’occuper de lui faire retrouver « l’œil du tigre »…ce regard qu’avait Rocky quand ils avaient combattu tous deux pour le titre.

Pour cela, Apollo lui fera changer d’air, de décor, pour lui montrer ses racines, et les salles de boxes de ses débuts. Les entraînements s’enchaînent, mais le cœur n’y est pas. Rocky semble vidé, fini. C’est une fois de plus une discussion avec Adrian qui remettra les choses au point.

Lorsque  le champion reprend du poil de la bête, on assiste alors à la résurrection du Rocky que nous connaissons tous. Puissant, déterminé…et les regards qu’il lance à Clubber Lang lors du coup d’envoi du match sont alors plus que significatifs.

 

Le match en lui-même, n’en est donc que plus violent encore que les précédents. Lang n’a pas l’intention de lâcher son titre et s’est entraîné comme jamais pour prouver aux yeux du public (qui ne l’aime pas vraiment) qu’il a mérité ce titre.

Très vite Rocky rassure en étant vif, rapide, danseur fabuleux qui esquive avec facilité, à cent lieues de ce qu’on lui connaissait du premier film. Les entraînements de Creed ont indubitablement un côté positif à ce nouveau style de combat.

Mais bientôt, Rocky se met à faiblir, à encaisser les coups. Plus personne ne comprend rien, Paulie, Adrian…et même Apollo se demandent ce qui se passe. Si le premier round était pour Rocky, le second est pour Lang.

Mais Rocky à lui aussi un plan. Par le passé, il a prouvé qu’il pouvait encaisser en restant debout. Qu’il savait tenir la distance. Rocky se met à provoquer Lang pour que celui-ci se déchaîne de plus belle. Cela semble marcher, car il se jette avec plus de ferveur encore sur un Rocky plus moqueur que jamais.

 

Jusqu’au moment fatidique où l’athlète déchu saisi une ouverture dans les mouvements de Lang. Ce dernier s’est tellement empressé d’en finir avec Rocky, qu’il n’a pas su gérer ses réserves. Ses forces l’abandonnent et Rocky enchaîne désormais des séries de coups plus spectaculaires les uns que les autres. Bien vite l’issue du combat est certaine…Rocky est de retour. Un retour flamboyant dans un match époustouflant, prenant, brillant.

Rocky, après avoir pris du recul pour retrouver ses valeurs, les fait de nouveau éclater aux yeux de son public plus conquis que jamais. Et nous avec.

Plus sombre que les précédents opus (la mort de Mickey, les doutes de Rocky, la difficile renaissance), ce troisième volet, remarquablement écrit et très efficacement réalisé, reste une fois de plus une suite très réussie. C’est aussi l’occasion de montrer la naissance d’une belle amitié entre l’adversaire de jadis que fût Apollo Creed et Rocky qui lui doit finalement beaucoup.

Mêlant humour et tendresse, ainsi que les sombres doutes qui l’ont un temps rongé jusqu’à la limite, cette nouvelle histoire met en exergue l’excès de confiance que peuvent éprouver les sportifs de haut niveau. A force de s’installer dans une routine coutumière, le boxeur a baissé sa garde et est parti au tapis, a vécu l’enfer du doute, a souffert pour se remettre en question et retrouver ainsi ce qui faisait de lui un vrai champion. On souffre avec lui dans ce film au rythme soutenu, et à la structure scénaristique très habile, bien que prévisible.

 

Mais on ne peut nier une implication évidente de la part de Stallone pour son propre personnage. C’est son bébé après tout, et lui seul pouvait lui donner une telle aura de puissance, de dignité, de vaillance. Rocky est décidément un personnage attachant.

Pour le tournage de ce 3ème opus, Stallone choisit soigneusement son challenger…Un inconnu dont c’est le premier rôle au cinéma…Mister T, inoubliable Barracuda dans la série télé Agence tous risques, ne brille pas vraiment par son jeu d’acteur…certes. Mais son physique rattrape tout le reste et occulte finalement les faiblesses de son jeu. Pour accentuer la différence de physique, déjà évidente par la taille, Stallone perd jusqu’à 20 kilos et s’entraîne sans relâche pour se sculpter un corps aux muscles saillants, en respectant un régime draconien, fait essentiellement de pain brûlé et blanc d’œufs cuits à la coque.

Le résultat est à la hauteur, en digne suite d’une histoire inscrite pour durer. Le film s’achève sur un ultime moment complice entre Balboa et Creed, ce dernier lui ayant demandé une faveur au tout début des entraînements. On quitte donc l’univers du boxeur avec pleins de sentiments en tête, et l’impression farouche que ce boxeur est vraiment un chic type. Stallone lui prête ses traits de chien battu, malmené par la vie, avec un brio inchangé depuis le début de la saga Rocky. A titre de comparaison, si Rocky en 1976 rapportait prêt de 100 fois son budget avec 117 millions $, Rocky II en rapporta 85, et L’œil du tigre…124 millions $, faisant de ce dernier le plus populaire (la chanson titre du film, hit incontournable y est peut-être pour quelque chose également) de la saga, en termes de recettes bien sûr. On peut donc dire que le début des années 80 fut donc bénéfique au boxeur gaucher. Une réussite…16/20

Mais en est-il de même pour les trois autres films de la saga… ? (…A suivre…)

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Commenter cet article

kschoice 17/06/2010 21:22

C'est vrai que c'est un pêrsonnage à part entière, d'où les 6 volets de la saga. Avec plus ou moins de bonheur c'est vrai, et surtout beaucoup d'incohérences, mais bon, le perso est tellement humain et sympathique...

Partouche Poker 17/06/2010 13:44

les rocky sont toujours aussi cultes quoi qu'il arrive !

kschoice 30/04/2009 09:26

C'est alors le plaisir coupable de beaucoup de gens, car si le personnage a su durer autant de temps et accuser en tout six films, c'est bien que le public est attaché à lui d'une manière plus qu'évidente.

eelsoliver 27/04/2009 20:56

Voilà le genre de film que je classe ds mes plaisirs coupables, donc je rejoins ton avis.

kschoice 14/04/2009 10:37

C'est clair, que c'est une autre époque, comme je l'ai dit, le style années 70 a laissé place à celui des années 80, où flotte encore des réminescences 70's. Ainsi donc le film a certes vieilli. Mais disons que quand on regarde des films de ce genre, il faut auparavant se remettre dans l'état d'esprit de l'époque et oublier tout ce que le cinéma nous a apporté depuis. Tout comme le premier Rambo (à poeu près à la même époque) il y a un certain côté désuet qui date le film, mais qu'importe, en ce qui me concerne je me rappelle surtout les sensations éprouvées à l'époque lorsque je regardais ces films.