ROCKY

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Rocky (1976)

Rocky II la revanche (1979)

Rocky III l'oeil du tigre (1982)

Rocky IV (1985)

Rocky V (1990)

Rocky Balboa (2006)

Dans les quartiers populaires de Philadelphie, Rocky Balboa collecte des dettes non payées pour Tony Gazzo, un usurier, et dispute de temps à autre, pour quelques dizaines de dollars, des combats de boxe sous l'appellation de "l'étalon italien". Cependant, Mickey, son vieil entraîneur, le laisse tomber. Son ami Paulie, qui travaille dans un entrepôt frigorifique, encourage Rocky à sortir avec sa soeur Adrian, une jeune vendeuse réservée d'un magasin d'animaux domestiques.
Pendant ce temps, Apollo Creed, le champion du monde de boxe catégorie poids lourd, recherche un nouvel adversaire pour remettre son titre en jeu. Son choix se portera sur Rocky.

 

- Tenir la distance -

Le personnage même de Rocky est devenu, au fil du temps, une légende, une icône cinématographique à lui tout seul. Peu d’acteurs peuvent s’enorgueillir d’avoir à leur actif des rôles récurrents ayant marqués leur époque et aussi leur carrière. Stallone (Rocky, Rambo) Schwarzenegger (Conan, Terminator), Willis (John Mc Lane) restent les plus célèbres d’entre eux.

Il faut remonter en 1968…quand Stallone dit à sa mère qu’il veut devenir acteur, cette dernière, astrologue, lui prédit qu’il ne connaîtra aucun succès pendant 7 ans, mais qu’il devrait sortir du lot par l’écriture…

C’est en 1975, sept ans plus tard donc, que Stallone assiste à un match de boxe qui va alors changer sa vision des choses. Sur le ring…Muhammad Ali contre Chuck Wepner. Ce dernier, inconnu du grand public est évidemment donné perdant face au champion. Tout le monde voit le match plié en 3 rounds tout au plus. C’est sans compter sur la coriacité et la détermination de Wepner, et contre toute attente, le challenger est toujours debout, ralliant peu à peu la foule avec lui devant la réalité d’un tel exploit.

Le soir même, Stallone s’attelle à l’écriture d’un scénario qui verra la naissance de Rocky Balboa.

 

Ayant bien failli ne pas voir le jour, c’est la pugnacité de Sylvester Stallone,  qui décide de le vendre aux studios à la seule condition que lui-même tienne le rôle principal, qui le sauve des oubliettes manuscrites.

Encore pratiquement inconnu, bien évidemment, bien que son scénario intéresse pas mal de monde, les producteurs ne se bousculent pas pour prendre le risque de faire tourner un acteur ayant pour seule expérience de tournage un film érotique de seconde zone (1970 - Party at Kitty and Stud's). Les noms de James Caan, Burt Reynolds ou même Ryan O’Neal circulent sur les listes des studios.

Les négociations de Stallone avec les producteurs Irwin Winkler et Robert Chartoff vont cependant porter leurs fruits. Ce dernier obtient en contre partie de son implication première, un budget très limité de 1, 2 millions $ et un tournage éclair de 28 jours, par un réalisateur presque inconnu lui aussi, de surcroît en plein hiver, et dans les rues même de la ville de Philadelphie.

Comme tous les américains d’origine italienne, la famille tient donc un rôle prépondérant dans la vie de Stallone. Rocky Balboa est son œuvre, son bébé, il a veillé plusieurs nuits pour écrire les turpitudes d’un jeune boxeur nourri de valeurs. Puisque c’est un peu lui le papa du personnage, les studios qui décident de lui faire confiance, lui donnent l’opportunité d’engager quelques membres de sa famille. Ainsi son frère Franck Jr est figurant (les loulous près du feu au coin de la rue), son père Franck arbitre quant à lui le match final…ainsi que Butkus, son chien, qui joue donc son propre rôle, ajoutant encore plus de complicité aux situations, et évitant la solution longue et compliquée du recours au dressage.

Stallone sait désormais à quoi s’en tenir…il doit convaincre. Et les restrictions budgétaires vont finalement servir le film, lui conférant une authenticité de tous les instants. Que ce soit l’ingestion d’œufs crus au petit réveil, les joggings soutenus, à l’aube et dans le froid,  jusqu’à l’entraînement sur des vrais quartiers de viande dans une usine de la ville.

 

Les acteurs ont froid, et n’ont pas vraiment le loisir de se permettre quelque caprice que ce soit…Talia Shire, sœur de Francis Ford Coppola, actrice au charme discret, outre des petits rôles dans un film d’horreur ou quelques téléfilms, n’a pas encore vraiment brillé sur grand écran, même si son frère la fait engager sur le tournage des « Parrain ».

Idem pour Burt Young, qui joue le frère d’Adrian, accessoirement futur beau-frère de Rocky. Mis à part une participation chez Polanski (Chinatown) et Peckinpah (Tueur d’élite), le film d’Avildsen est l’occasion pour lui de mettre en avant son côté bourru et prolo qu’il incarne finalement avec brio, mélangeant habilement cette beaufitude  attachante d’un personnage marqué par la vie.

Carl Weathers (ancien footballeur pro) peut également remercier ce casting qui le révèle à la face du monde du cinéma, en incarnant le premier adversaire de Rocky (et il rencontre également le vrai Joe Frazier qui fait une apparition sur le ring au début du match).

Un black qui a réussit et qui veut à son tour offrir la chance de toucher le rêve américain à un illustre inconnu. On le verra plus tard aux côtés de Schwarzy dans Predator, et aura même les honneurs d’un premier rôle, pas très convaincant il faut bien le reconnaître, dans le film Action Jackson. La suite de sa carrière sera essentiellement faite de téléfilms.

Burgess Meredith, quant à lui, à déjà une filmographie impressionnante en terme de diversité de rôles. Il commence sa carrière en 1936, et c’est à 69 ans qu’il rejoint le tournage de Rocky dans un rôle touchant et émouvant d’un entraîneur, lui aussi bourru mais passionné. Probablement mon personnage préféré.

On retrouve également Joe Spinell, abonné aux seconds rôles de truands ou de psychopathes (également présent au générique du « Parrain »  ou encore de Taxi driver, et qui m’avait marqué dans Maniac en 1980)

 Ce tournage est donc l’occasion pour tous de briller sur un scénario simpliste mais qui recèle (et quelque part ruisselle d’) une humanité évidente.

Car c’est avant tout  l’humanité de ces personnages évoluant dans un univers urbain où règne pauvreté, alcoolisme et petits boulots de survivance, qui est intéressante dans ce film. Même si le début nous fait monter sur le ring aux côtés d’un Rocky bourrin et sans style précis, le personnage est avant tout un looser de première. Pour un sportif, il fume, boit à l’occasion, bosse pour un malfrat en encaissant des impayés, traîne avec les loulous le soir autour d’un feu…il trouve même le moyen de se faire virer de son vestiaire dans la salle de boxe où il s’entraîne quand il a le temps, par son vieil entraîneur, personnage certainement le plus marqué par la vie dans ce film.

 

Et pourtant, c’est l’odyssée fabuleuse de ce looser au grand cœur finalement, qui va réussir, par un coup de chance inouï, à s’élever du marasme des bas-fonds de la ville jusqu’à toucher du doigt la célébrité et la gloire du rêve américain.

Et ça marche !  Surtout, et en grande partie parce que Rocky n’est pas un mauvais bougre. Il a du cœur, et des muscles à défaut d’avoir l’intelligence. Il n’est pas un arriviste ni un mauvais garçon opportuniste écrasant les autres afin de s’élever au-dessus d’eux.

Juste un jeune homme qui arbore sa timidité et son humilité en maigre étendard face la truculence et à la grosse tête d’un Apollo Creed aussi flamboyant que clownesque.

C’est aussi un film qui prend son temps dans la présentation des personnages et de leur psychologie première. Autre point fort du film, c’est la réalisation simpliste d’Avilsen, dénuée de toute technicité (à part l’utilisation de la Steadycam de Garrett Brown pour la désormais mythique montée des marches du musée des arts surplombant la ville, prouvant au passage que Kubrick n’a décidément rien inventé sur Shining en l’utilisant à outrance ;-) ) qui privilégie donc essentiellement les regards des acteurs.

A commencer par celui de chien battu de Rocky, et de la timide Adrian. Leurs séquences à tous deux, sont empruntes autant de maladresses que de lourdeur dans une leçon de drague qui ne restera pas un exemple du genre. Et pourtant, il s’en dégage finalement un irrémédiable sentiment de sincérité, touchant donc, plutôt que risible. Ils nous ressemblent tellement.

Mais aussi celui de Paulie, le beau-frère alcoolique et colérique, qui sous des airs de rustre imbibé, ne demande finalement lui aussi qu’un peu d’affection, de compréhension.

Ou encore celui d’un entraîneur au bout du rouleau, qui mène sa barque comme il le peut, et qui voit dans le match Balboa/Creed, l’occasion d’un dernier coup d’éclat dans sa carrière d’ex boxeur devenu entraîneur. L’engueulade, puis la réconciliation entre Rocky et Mickey est elle aussi emprunte d’une profonde émotion de la part des acteurs, qui pour ma part, m’a amené ma petite larme.

Pour finir, celui de Creed, d’abord amusé, puis décontenancé devant tant de courage et d’endurance. Car si pour Creed, il ne s’agit que d’un match exhibition lui servant finalement d’entraînement, ce dernier se transforme lentement en une inquiétude grandissante pour le champion, puisqu’il va au tapis et risque à plusieurs reprises de voir le titre s’échapper.

Bien sûr, impossible pour le champion de perdre ce match…ce n’est d’ailleurs pas ce que recherche Rocky. Il veut juste tenir la distance face à un boxeur à qui personne n’a su résister jusqu’à la fin d’un combat.

 

Le combat justement. Commençant sans grande flamboyance, Rocky semble lourd et sans style face au champion sautillant et rapide. Creed a ce qu’il veut, il s’amuse, danse, mais sous-estime son adversaire qui lui décroche un uppercut fulgurant. Creed se retrouve au tapis. C’est alors le tournant du match…si chacun dans la salle et devant les écrans de télé, voyait un combat plié en 3 rounds, Balboa surprend son monde en se montrant plein de ressources, mais qui plus est, déterminé à tenir la distance.

Au fur et à mesure que les rounds s’enchaînent, les passions se dévoilent tant dans les gradins que sur le ring. La mise en scène privilégie une fois de plus les regards…ceux des deux boxeurs qui se jaugent de plus en plus et ceux des spectateurs convaincus d’assister à un évènement sans précédent.

Vient enfin le dernier round où Creed à bout de force, manque presque de retourner au tapis…quelques secondes de plus et le champion était vaincu. L’expression « Sauvé par le gong » n’a jamais été aussi vraie qu’à ce moment.

Il est évident que Creed ne peut perdre, aussi ce dernier est-il déclaré vainqueur, mais on peut lire sur son visage une inquiétude dans l’attente du verdict, et un soulagement évident à la lecture de ce dernier.

Rocky, lui, n’a que faire de toute cette agitation…il crie à perdre haleine le retour de celle qu’il aime… « Adriaaaan ! »

Cette dernière le rejoint sur le ring et la dernière image finit de sceller cet amour naissant dans un final soutenu par la musique «catharsisique » de Bill Conti.

Un très grand film donc, qui, s’il prend son temps, détaille avec précision le chemin difficile qui va de l’anonymat jusqu’à la gloire, dans une illustration de plus du fameux rêve américain qu’il ne cessera d’incarner tout le long de la saga.

Très certainement le meilleur de la série, car le premier, source d’inépuisables éloges, le film est un succès critique et public en rapportant près de 100 fois la mise de départ…rappelons-le un budget d’1,2 million $ pour 117, 2 millions $ de recettes !!! Il remporte donc plusieurs récompenses…3 oscars sur 10 nominations, dont celui de meilleur film (remis aux producteurs Winkler/Chartoff), meilleur réalisateur (John G. Avildsen) et meilleur montage (Scott Conrad).

Le public glorifie le personnage de Rocky et l’élève presque au rang de héros national, incarnation véritable du cœur de l’Amérique, pour ses valeurs et sa façon d’être. Même Franck Capra, réalisateur du célèbre « La vie est belle » déclare alors que c’est un film qu’il aurait aimé faire.

Réédité en Blu-ray, malgré la présence du DTS (la jaquette n’affichant que le 5.1), n’apporte pas grand-chose…certains plans ont été plus soignés que d’autres, mais dans l’ensemble, on a plus l’impression de voir un bon DVD upscalé plutôt qu’une réelle galette technologique. Sans compter l’absence de bonus digne de ce nom. Toutefois, le film étant assez âgé désormais, l’image reste plus agréable à regarder et reste de bonne qualité.

Un excellent film, incontournable sur le milieu de la boxe, avec un personnage devenu culte. 18/20

  

 

  

A suivre ... ROCKY II la revanche

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Publié dans classiques

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Commenter cet article

borat8 17/03/2010 21:08

Je ne sais pas trop pour un classement mais le 1 et le 6 sont les meilleurs.

kschoice 17/03/2010 19:13

Nous avons donc une vision différente de ce Rocky...pour moi, ce combat dans la rue est loin d'être ridicule et est surtout symbolique pour le personnage, car c'est de là qu'il vient...et si le champion a perdu sa ceinture officielle, il tend à prouver qu'il est toujours le roi de son quartier. De plus, en se battant officieusement, il tourne également le dos aux organisteurs des combats qui perdent une quantité de fric considérable. De plus les relations avec son poulain et le désintéressemnt de son propre fils est assez révélateur de la passion qui anime Rocky. Il reste aveuglé par ce qu'il a été...c'est un peu ce qui a eu du mal à passer auprès du public, car cet épisode est beaucoup plus subtil qu'il n'y paraît, ce dont on était pas habitué avec le personnage.
Je sais que toi et Olivier considérez cet opus comme un pur nanar, mais en ce qui me concerne, c'est bien le 4 qui mérite la palme du foutage de gueule et d'une franchise devenue plus que commerciale, à cent lieues finalement du personnage.
Avec le 5, ils (Stallone et Avildsen) revenaient aux sources, et paradoxalement à la fin d'une carrière somme toute bien remplie. Un premier adieu avant le retour du champion dans un épisode qui n'a pas autant de charme que par le passé.
Si je devais les classer ce serait
1- Rocky
2- Rocky II
3- Rocky III
4- Rocky V
5- Rocky Balboa
6- Rocky IV

borat8 15/03/2010 19:45

Le 5 est à chier et le pire des Rocky.Il n'y a qu'à voir le combat ridicule de Rocky et Gun dans la rue,avec plus de catch que de boxe.Franchement le 6 semble être le meilleur et le premier que j'ai vu.

kschoice 15/03/2010 19:20

En ce qui me concerne les deux premiers sont les meilleurs...le 3 reste somme toute très bon mais en deça des deux premiers.
Quant au reste, le 4 est pour moi le plus mauvais bien que le combat final soit très intense, mais les maquillages mal gérés (à peine amoché alors qu'il affronte son adversaire le plus puissant, plus encore que Creed). Le 5 reste intéressant, boudé par le public parce que Rocky ne monte pas sur le ring, mais la chute du champion après la gloire, le retour à la case départ, les relations père/fils/poulain très bien amenées...perso j'aime bien. Quant au 6...ma foi, oui il est bien, c'est vrai, mais j'y ai senti un essoufflement de tous les instants, trop de mélancolie, et un adieu au personnage un peu trop calculé...mais bien quand même c'est sûr.

borat8 13/03/2010 16:41

Un très bon premier épisode,le meilleur avec le 6,qui est mon préféré.Et puis premier rôle d'un acteur bourrin mais sympathique,Sylvester Stallone.