QUATRE MINUTES

Publié le

EuropaCorp Distribution

(Vier minuten)

de Chris KRAUS

(Allemagne / 2006)

genre : drame musical / 1h50

Depuis soixante ans, Traude Krüger enseigne le piano à des détenues. Quand elle rencontre Jenny, jeune femme incarcérée pour meurtre, elle comprend immédiatement qu'elle a affaire à une musicienne prodige. Passionnée par le talent de la jeune fille, Traube veut la préparer pour le Concours d'entrée du Conservatoire. Mais la jeune femme, violente et suicidaire, est réfractaire à la moindre discipline. Obstinée, la vieille Traude Krüger ne désarme pourtant pas.

Hannah Herzsprung. EuropaCorp DistributionLe cinéma allemand, tout comme le cinéma espagnol ces dernières années, commence à se faire doucement sa place dans une filmographie déjà bien chargée et très largement dominée par des productions US plus ou moins digne d’intérêt. Si le style reste froid, impersonnel, il faut pourtant savoir aller au-delà des apparences parfois trompeuses pour découvrir parfois de vraies œuvres d’auteur. Si la surprise fût réelle sur un film comme L’expérienceOlivier Hiershbergel, dans sa façon de raconter le récit, elle l’est tout autant ici sur film qui se veut un vibrant hommage à la musique.

De prime abord, rien n’attire vers ce film. En effet, le cadre est celui d’une prison pour femmes, les acteurs…le mot actrices serait plus juste en fait, sont inconnu(e)s, et l’histoire pas des plus palpitantes. Quelle est-elle cette histoire ?

Emprisonnée pour le meurtre violent du père de son petit ami, Jenny collectionne les jurons et les actes de violences comme d’autres les timbres ou les blagues de Télé Z. Animal sauvage par excellence, rien ne semble toucher cette jeune fille au comportement troublant. Sauf peut-être une chose finalement…la musique.

Pianiste virtuose depuis sa plus tendre enfance, forcée jusqu’à l’écœurement par un pèreHannah Herzsprung et Sven Pippig. EuropaCorp Distribution intransigeant et peu soucieux des réelles volontés de sa fille, Jenny aime le jazz fusion. Repérée par une vieille femme qui fait office de professeur de musique aux prisonnières et également matons de prison, la rencontre ne se fera pas sans étincelles. Pieuse et drastique, vouant une passion sans borne à la musique classique qu’elle joue depuis sa prime jeunesse elle aussi, le fait de se retrouver devant cette jeune effrontée sans éducation mais au talent plus qu’indéniable, la trouble au plus haut point.

Entre haine (de l’individu et de sa façon d’être) et respect (de sa virtuosité musicale), l’équilibre sera donc difficile à trouver. Sans compter qu’il faut préparer un concours qui ne plaît pas à tout le monde…ni au gardien de prison, qui se sent exclu d’une compétition qu’il pensait sienne, ni les autres prisonnières qui sentent bien que cette Jenny est bien au-dessus d’elles toutes.

Alternance du passé/présent pour mieux comprendre la personnalité de la vieille professeur trop sage et austère, et nombreux plans serrés sur le visage expressif de la jeune délinquante qui ne l’est pas du tout, les règlements de comptes verbaux (et physiques parfois) seront nombreux et non sans conséquences.

Sven Pippig et Hannah Herzsprung. EuropaCorp DistributionUn film très particulier il faut bien l’avouer, loin du formatage américain tant scénaristique que filmique, avec son lot de sentimentalisme excessif parfois, ou les montages sous adrénaline pour donner du rythme au récit.

Froid comme je l’ai déjà dit, mais qui laisse sous entendre une profonde détresse humaine. Le poids du passé pour l’une, et l’inexistence de l’avenir pour l’autre, vont rapprocher les deux femmes qui ont beaucoup plus en commun qu’elles ne veulent bien se l’avouer. Un film où il est également beaucoup question de rédemption et de pardon (envers les autres et surtout envers soi-même), ce qui amène des scènes parfois dures mais nécessaires à cette reconstruction psychologique, afin d’obtenir la paix de l’esprit pour l’une et une certaine forme de renaissance pour l’autre.

Malgré cette froideur du récit et de la réalisation somme toute assez sommaire mais qui possède de bien belles idées, le film se révèle donc passionnant de bout en bout pour peu que l’on gratte un peu une surface peu ou pas attirante. Le film est même parfois beau dans sa finalité, en mettant en exergue le manque de communication, des apparences souvent trompeuses, une pureté qui se cache sous des tonnes de haines et d’individualisme forcené, séquelles d’un passé trouble et parfois honteux, ou d’une vie qui n’a pas été vécue comme elle aurait due l’être. Amour sacrifié pour l’une, enfance volée pour l’autre, chacune va emmener l’autre dans son monde imparfait, mais au final terriblement humain.

Un mot sur la musique maintenant, car c’est également une œuvre où l’importance de la musiqueHannah Herzsprung et Monica Bleibtreu. EuropaCorp Distribution est énorme et primordiale. Véritable catalyseur des sentiments refoulés et révélatrice des personnalités des deux femmes, les morceaux sont terriblement bien mis en scènes, et donnent parfois le frisson. On a véritablement à faire à une véritable confrontation classique/jazz fusion, qui n’est pas sans rappeler, pour le morceau final (ces fameuses 4 minutes), les improvisations délirantes d’un Keith Jarrett ou plus récemment d’un Jamie Cullum.

Si les plans sont communs pour les scènes de prison, la mise en scène se fait éblouissante pour ce qui est des moments musicaux. Gros plans sur un clavier ensanglanté, sur les yeux bleus de la virtuose Jenny qui au fur et à mesure du film gagne en charme et en sympathie, une vraie surprise pour les amoureux d’un cinéma différent, profond, intelligent, décalé aussi parfois, mais d’une justesse et d’une humilité rafraîchissante.

Une confrontation superbe dominée par le jeu superbe et très impliqué de Hannah Herzsprung (Jenny) et Monica Bleibtreu (Mme Kruger la professeur) qui ne peut que marquer le spectateur dans sa façon de faire naître le sourire et l’affection dans un lieu pas vraiment propice à cela.

Maquillages, montage, décors, scénario, mise en scène, musique…tout dans ce film, malgré un manque évident de moyens respire la sincérité et la passion. Aussi, et puisque le film n’a pas vraiment fait son trou en France, si par cet humble article je peux attiser la curiosité de quelques-uns d’entre vous, et aider à mieux le faire connaître, je sais que je n’aurai pas œuvré pour rien.

Un film qui tient lieu de révélation cinématographique si l’on en croit les nombreux prix qu’il glane ici et là de par le monde.

Meilleur film au festival international de Shangaï

Prix du public au festival de San Fransisco

Meilleur film au German Film Awards

Meilleure actrice pour Hannah Herzsprung et Monica Bleibtreu à ce même German Film Awards.

Superbe. 18/20

  

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Commenter cet article

Kschoice 25/06/2009 21:10

Assurément un très grand film Dasola, nous sommes d'accord sur ce point, merci de ton commentaire laconique, mais concis finalement.

dasola 25/06/2009 18:35

Bonsoir, c'est un film que je recommande (voir mon billet du 23/01/08) pour la musique, les actrices et les 4 dernières minutes (ainsi que toutes les autres). Un grand film. Bonne soirée.

Kschoice 22/06/2009 13:28

Vu que tu possèdes un regard plus perspicace que les autres du fait de tes études ciné, je pense que ce film devrait te plaire tant sur le scénar, que sur le jeu des deux actrices principales. Coup de coeur absolu en ce qui me concerne.

goodfeles 22/06/2009 10:40

Il faut que je le vois lui aussi :) J'essaierai de le voir pour te dire mon avis mais je m'ayyend a du trés grand film :)