L'ENNEMI INTIME

Publié le

SND

Réalisé par Florent Emilio Siri

AlloCiné

(France / Maroc – 2007)
Avec Benoît Magimel, Albert Dupontel, Aurélien Recoing

Sortie cinéma : 3 octobre 2007

Genre : drame / guerre – 1h50

Algérie, 1959.
Les opérations militaires s'intensifient. Dans les hautes montagnes Kabyles, Terrien, un lieutenant idéaliste, prend le commandement d'une section de l'armée française. Il y rencontre le sergent Dougnac, un militaire désabusé. Leurs différences et la dure réalité du terrain vont vite mettre à l'épreuve les deux hommes. Perdus dans une guerre qui ne dit pas son nom, ils vont découvrir qu'ils n'ont comme pire ennemi qu'eux-mêmes.

Benoît Magimel et Albert Dupontel. Thibault Grabherr / S.N.D.Si les français ont parfois du mal avec leur passé, surtout quand celui-ci est peu glorieux, depuis quelques années maintenant, il est des cinéastes qui osent parler de ces tabous, en rétablissant une certaine vérité, pour ne pas dire une vérité certaine, quelque peu occultée dans les livres d’histoires ou les informations de l’époque.

C’était le cas déjà avec Indigènes de Rachid Bouchareb qui réhabilitait les soldats algériens et marocains et le rôle qu’ils ont joué durant la seconde guerre mondiale.

Si le film de Bouchareb a ouvert les yeux du gouvernement français, en faisant voter des lois pour que les soldats « indigènes » touchent les mêmes rentes que leurs homologues « français », la motivation de Florent Emilio Siri est toute autre.

Avec L’ennemi intime, l’un des cinéastes français les plus prometteurs d’aujourd’hui (Hollywood nous l’ayant même « emprunté » pour Otage avec Bruce Willis) qui signait déjà leBenoît Magimel et Albert Dupontel. Thibault Grabherr / S.N.D. très visuel Nid de guêpe, a d’abord voulu faire un film mêlant le réalisme des « évènements » tout en voulant faire du vrai cinéma de genre, celui-là même qu’il admire avec des films comme Apocalypse Now ou Platoon, dont l’influence est ici manifeste.

Pour ne pas rater son projet, il s’entoure de Patrick Rotman, qui signe ici le scénario, mais qui est aussi et surtout un historien spécialiste du conflit. En 1992, il signait déjà le scénario de La guerre sans nom, film documentaire de Bertrand Tavernier.

Le bonhomme connaît donc bien son sujet, et n’est pas un adepte de la langue de bois. Dans un soucis du détail qui frise l’obsession, Siri s’entoure également de conseillers militaires afin de reconstruire en « dur », un vrai camp militaire, fidèlement reconstitué d’après des photographies et documents vidéos de l’époque, garantissant également la façon de manier les armes et le matériel de l’époque (armes, radios, véhicules).

Albert Dupontel (au centre). Thibault Grabherr / S.N.D.Parmi les acteurs figurants se trouvent même d’anciens Harkis ayant vécu le conflit.

Tout est donc réuni pour un film qui se veut avant tout réaliste. Et force est de constater qu’il l’est terriblement, au point que d’anciens combattants ressortent des projections test avec les yeux mouillés de larmes, témoignant qu’ils venaient de faire un bond de 50 ans dans le passé.

Saisissant de dureté, d’incompréhensions politiques (cette guerre n’en était pas une pour le gouvernement, et les soldats se retrouvaient dans des missions de surveillance ou de répression policières face à un ennemi qui n’hésitait pas à sacrifier les leurs pour faire des exemples aux yeux des villageois de la région), le film est l’occasion de confronter deux pensées contradictoires de prime abord, en les mélangeant habilement pour que le spectateur ne sache plus qui a tort ou raison.

Le fait est que l’on comprend les deux parties, tout en réprimant les méthodes employées. A bien y regarder, si l’histoire ne se répète jamais vraiment, elle a tout de même tendance à bégayer férocement, car on peut y voir, à peu de chose près et bien que ce ne soit pas le même contexte politique, une similitude avec le conflit israélo-palestinien (Ici, la réclamation d’indépendance d’unAlbert Dupontel. Thibault Grabherr / S.N.D. état sous le joug d’un empire colonial, au Moyen-Orient la création d’un état, ce qu’a obtenu Israël tout en refusant la possibilité  d’une telle création pour les palestiniens). Les règlements de comptes sont donc nombreux, les victimes tout autant, et la surenchère de vengeance atteint parfois des limites proches de l’absurde, de l’irrationnel et de la folie.

C’est aussi ce que montre ce film…entre traquenards sanglants, quiproquos et fusillades entre français, séances de tortures, exécutions sommaires, et descente psychologique dans les enfers de la tourmente humaine, le métrage offre au spectateur qui osera se confronter à cette leçon d’histoire, un aperçu du gâchis monumental de toute guerre, en osant philosopher sur l’intimité, non pas des autres, mais de soi-même. Le pire ennemi que nous puissions avoir étant nous-mêmes, notre cœur, notre esprit, et la décision de nos actes, ces derniers engendrant d’inévitables représailles, véritable carburant des guerres contemporaines.

Albert Dupontel. Thibault Grabherr / S.N.D.Puissant, éprouvant parfois, et d’une indéniable profondeur psychologique, L’ennemi intime réussit là où Indigènes échouait dans son désir d’hommage trop appuyé envers ces soldats de l’oubli.

En décrivant les faits sans parti-pris, laissant le spectateur décider de ses propres émotions, Siri impose une vision de la guerre plutôt sombre, en totale contradiction avec la photographie du film lumineuse jusqu’à l’aveuglement.

Mais son film ne serait rien finalement, sans les acteurs qui le servent. En première ligne (sans mauvais jeu de mot, quoiqu’approprié finalement) Benoît Magimel et Albert Dupontel.

Voici deux acteurs que j’avoue ne pas vraiment apprécier. De les voir tous deux à l’affiche d’un film qui m’intéressait pourtant n’était pas fait pour me rassurer. Maintenant que j’ai vu le film, je peux me permettre de rassurer ceux qui auraient la même inquiétude. Ils sont tous deux très bons, à défaut d’être excellents dans leur rôle respectif, et peuvent rappeler fortement lesThibault Grabherr / S.N.D. sergents Barnes et Grodin (Tom Berenger / Willem Dafoe) dans Platoon.

La mise en scène stylisée de Siri sert à merveille une leçon d’histoire, qui ne laissera guère indifférent, et qui permet de comprendre un peu mieux les tenants et les aboutissants d’un conflit pour le moins complexe et ténèbreux.

Ainsi, alors que la France se débarrassait de la monarchie il y a 321 ans, il était écrit que l’une des dernières colonies françaises s’affranchisse d’une ingérence de 130 ans pour pouvoir se développer en autarcie. 17/20



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Commenter cet article

kschoice 18/03/2011 21:11

Oui, mon lecteur DVD portable me suis depuis 6 ans maintenant, et même ici en France il me sert souvent. Bien pratique...même si le potard on/off est naze...je l'ai laissé en position on et je l'allume directement avec le cordon d'alim :-D
Mais bon...l'image est belle, et il marche encore, excepté ce petit problème.

borat8 18/03/2011 20:28

Evidemment en voyage on s'en tamponne pas mal. A noter qu'à chaque voyage, je prends mon DVD portable. Comme ça quand je me fais chier, que je suis à l'étranger je ne m'ennuis pas. Le plus con c'est que les BR ne passent pas. :) Je te rassure je prends toujours des bouquins et mon Ipod!lol

kschoice 15/03/2011 20:35

Oui, j'avoue que mon fauteuil et mon home cinéma m'ont manqué là-bas, mais y'avait bien d'autres choses à voir alors...

borat8 14/03/2011 21:01

Comme ça en BR, la qualité de son sera meilleure! :)

kschoice 13/03/2011 19:13

Pas trop fait attention à la musique je te dirais...le son n'étais pas trop de bonne qualité, alors je mettais pas trop fort, ce qui fait qu'en bruit de fond j'avais les moteurs de l'avion...pas top :-(