JOHNNY MAD DOG

Publié le

TFM Distribution

de Jean-Stéphane SAUVAIRE

(France/Angleterre - 2007)  

genre : drame / documentaire - 1h35

date de sortie 26/11/2008

Afrique...Libéria...
Johnny, 15 ans, enfant-soldat aux allures de rappeur, armé jusqu'aux dents, est habité par le chien méchant qu'il veut devenir.
Avec son petit commando, No Good Advice, Small Devil et Young Major, il vole, pille et abat tout ce qui croise sa route. Des adolescents abreuvés d'imageries hollywoodiennes et d'information travestie qui jouent à la guerre...
Laokolé, seize ans, poussant son père infirme dans une brouette branlante, tâchant de s'inventer l'avenir radieux que sa scolarité brillante lui promettait, s'efforce de fuir sa ville livrée aux milices d'enfants soldats, avec son petit frère Fofo, 8 ans.
Tandis que Johnny avance, Laokolé fuit...
Des enfances abrégées, une Afrique ravagée par des guerres absurdes, un peuple qui tente malgré tout de survivre et de sauvegarder sa part d'humanité.

TFM DistributionSur le sujet douloureux des enfants soldats d’une Afrique martyrisée par des années de guerres civiles et de luttes intestines, le film est une plongée sans concession, et plutôt violente au cœur d’un groupuscule de rebelles, dont le plus âgé ne doit pas avoir 15 ans. Du recrutement par la force et l’intimidation de ces enfants (8 à 10 ans) lors de raids dans des villages pauvres et isolés, à la formation militaire qui commence par l’exécution sommaire de leurs parents, le film passe au crible tous les méfaits commis par ces bandes de gosses. Motivés par l’appât du gain, drogués la plupart du temps à la cocaïne, il est presque choquant de voir ces gamins jouer aux adultes avant l’heure. Ce qui l’est assurément, c’est le sacrifice volontaire d’une enfance, d’une jeunesse, toutes deux sacrifiées pour les besoins de guerres civiles menées par des seigneurs de guerre qui ne valent finalement guère mieux que les dirigeants qu’ils combattent.

Des causes, des idéologies, qui sont prodiguées à des enfants influençables, totalement malléables à des discours politiques, la plupart du temps illusoires et mensongers, et qui les dépassent complètement.

Cocaïnés, endoctrinés, quand vient l’heure du combat, les adultes vont jusqu’à tirer avec desTFM Distribution balles à blanc sur ces gosses pour les convaincre qu’ils sont invincibles, ou plus tard, à balles réelles sur celui qui aura le malheur de refuser d’aller au combat.

Une façon de faire que l’on retrouve dans toutes les guerres de tous les pays du monde, et que l’on pourrait comparer au prosélytisme religieux des fanatiques musulmans, la rigueur extrême des japonais pendant la guerre du Pacifique, ou celle, patriotique, des soviétiques pendant la seconde guerre mondiale.

Le film est certes loin d’être un chef-d’œuvre du genre. Il n’a d’ailleurs certainement pas été tourné pour en devenir un. Si l’on retrouve Mathieu Kassovitz à la production, c’est plus un amateurisme total qui transparaît sur cette œuvre qui se rapproche plus du documentaire que de la fiction ciné. Les acteurs, à n’en pas douter, sont des non professionnels, et la simplicité de la réalisation (caméra à l’épaule la plupart du temps) font plus de ce film un simple témoignage exempt d’une quelconque leçon politique. Le film n’apporte pas non plus de solution à ce TFM Distributionproblème. La caméra est juste là pour témoigner de ce qui se passe, et les jeunes acteurs et actrices, sont pour la plupart appliqués, nous offrant des regards parfois profonds, brouillés de larmes et d’incompréhension. Impliqués aussi, car pour son premier film en tant que réalisateur, Jean-Stephane Sauvaire s’octroie la participation d’anciens enfants soldats, ayant réellement combattu pour le pays. C’est donc un peu leur histoire qu’ils nous font partager.

Certains pourront également critiquer le fait d’avoir mis dans le film une petite histoire d’amour. Cette amourette peut sembler en effet compromettre le postulat de départ, mais finalement le renforce et donne même de l’espoir quant à une fin éventuelle de ces pratiques ignobles. Si cela peut paraître naïf, puéril, et un brin idéaliste….l’amour à néanmoins le pouvoir d’ouvrir les yeux sombres et aveugles de ce Johnny chien méchant, et de lui rendre une humanité qu’on lui a forcé à oublier.

S’il manque de la technique et du savoir faire, l’émotion est néanmoins palpable, cette dernièreTFM Distribution passablement amoindrie par une post synchro déplorable. Si possible donc, à voir en VO.

Loin des œuvres structurées US, estampillées « based on a true story », et calibrées pour un public ignorant, ce Johnny Mad Dog se démarque donc de l’émotion calculée, et nous livre une vision brute d’une guerre civile comme il en existe tant.

La musique, excepté les chants tribaux, est quasi absente, et nous rapproche un peu plus du documentaire réel. Alternances de scènes de pillages, viols, et meurtres, avec celles de civils assommés de violence aveugle transportant les blessés comme ils le peuvent ou enterrant leurs morts seuls et démunis, ce film ne fait donc pas dans la dentelle. Réalisé avec le soutien de nombreuses ONG et des gouvernements français et du Liberia où a été tourné le film, vous pourrez voir au générique de fin les véritables photographies de ces enfants soldats, dont s’est inspiré le réalisateur. Prises entre 1990 et 2003, le photographe Patrick Robert (Reporter Sans Frontières) à pris de nombreux clichés témoignant de ce problème à peine effleuré dans Blood diamond ou Lord of war par exemple.

 

 Patrick Robert (Reporters sans frontières)

  

On y voit l’inconscience d’une jeunesse bafouée par des illusions de pouvoir et d’argent, et même des jeunes filles, elles aussi enrôlées de force comme combattantes, ou pire, comme esclaves sexuelles.

Ainsi donc, même si l’amateurisme des comédiens, les maladresses d’un premier film, ne font pas de ce film un exemple du genre, il a au moins le mérite d’exister et de montrer d’une manière peu TFM Distributionorthodoxe, cette tragédie qui perdure dans notre monde actuel, censé être civilisé.

Au-delà de tous ces défauts qui font que Johnny Mad Dog ne sera jamais un grand film, il l’est pourtant, car il ose montrer des tabous longtemps ignorés. Il ne faut donc pas prendre ce film comme une œuvre classique, mais s’y plonger avec l’assurance d’en ressortir changé, même s’il nous est impossible à notre niveau de faire quoi que ce soit pour y remédier. Mais le simple fait de le regarder, et d'y réfléchir, tend à prouver que nous ne sommes pas si insensibles au problème. Et ça…c’est déjà un progrès considérable. 18/20

 

 

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