THE GIRL NEXT DOOR (2007)

Publié le

(USA/2007)

Réalisé par Gregory Wilson
Avec Blythe Auffarth, Daniel Manche, Blanche Baker

Genre : Drame / Thriller - 1h30/ Direct to video

Après la mort de leurs parents, deux sœurs sont placées chez leur tante Ruth. Le charme de Meg, l’aînée ne laisse pas indifférent les garçons du coin, dont David qui s’avère habiter la maison juste à côté. Ce dernier connaît bien les garçons de la maison dont  il partage parfois les  jeux. Jusqu’au jour où Meg lui confie que Ruth lui fait vivre un enfer. D’abord sceptique, David sera forcé de reconnaître que tout est vrai, quand les anciens jeux inoffensifs d’autrefois laissent place à de nouveaux, bien plus sombres, et que David devient contraint de regarder…et bientôt d’y participer.

Adaptation d’un livre de 1989, seulement paru en 2007 en France sous le titre Une fille comme les autres (traduction du terme général La fille d’à côté) l’auteur, Jack Ketchum se base sur un fait divers proprement édifiant qui s’est déroulé à Indianapolis en 1965, où Sylvia Likens une jeune fille fût séquestrée et torturée  par les membres de sa famille adoptive.

Auteur discret mais qui possède son lot d’adeptes aux Etats-Unis, Jack Ketchum (pseudonyme qui cache le nom de Dallas Mayr, ce dernier n’étant pas une certitude quant au vrai nom de l’auteur) impressionne tellement des auteurs plus connus que l’un d’entre eux, tient à le faire connaître en préfaçant ce livre. Cet auteur connu n’est autre que Stephen King qui écrit une dizaine de page, encensant l’œuvre et son auteur comme un véritable miroir de l’état d’esprit de l’Amérique des années 50, les mettant presque au même rang que les œuvres les plus noires de Cormack Mc Carthy…si ça c’est pas du compliment, ça y ressemble furieusement.

Depuis de nombreuses années désormais, les scènes de tortures à l’écran sont prétextes à des films plus ou moins crados, réalistes ou choquants…si certains, pour ne pas dire la plupart se contentent d’aligner des scènes, certes dérangeantes, mais d’une totale gratuité et sans aucun message sous-jacent, si ce n’est la fierté de l’équipe FX qui réussit des maquillages ultra réalistes…certains arrivent parfois à sortir du lot. C’est le cas de ce film pourtant passé inaperçu (un direct-to-video de plus) et qui reste un vrai choc psychologique, surtout quand on sait qu’il est tiré d’une histoire « belle » et bien vécue.

 

Ainsi donc, tout est dit, et le film n’a rien de la comédie de 2004 qui porte le même titre et qui a eu beaucoup plus de succès. En effet, si ce film ne possède aucun acteur ou actrice connus (à part William Atherton…vous savez le reporter crétin de Piège de cristal et 58 mn pour vivre), pas même un réalisateur ayant fait ses preuves puisqu’il s’agit là de son premier film, le film se démarque tout de même par un sadisme éprouvant comme rare il m’a été donné de voir au cinéma.

Adaptation très fidèle du bouquin, les scénaristes reprenant la plupart des scènes et des dialogues importants du livre, le film se veut donc un témoignage du calvaire qu’à endurer cette jeune fille durant sa séquestration. Version légèrement « édulcorée » car dans le fait divers, il était même question de coprophagie, qui nous est donc évitée, et remplacée par un viol.

Si l’ensemble est un peu gâché par l’amateurisme de la plupart des comédiens (d’autant plus que la post synchro n’est pas des meilleures), les deux acteurs principaux qui interprètent David et Meg  (Daniel Manche et surtout Blythe Auffarth avec un rôle on ne peut plus difficile) sortent du lot par un naturel confondant que ne possèdent visiblement pas les autres.

Côté film, l’ambiance s’installe peu à peu pour devenir très noire, psychologiquement parlant. Car si l’on est habitué à voir des jeunes trous du cul se faire trucider violemment par le premier taré consanguin qui passe, on n’adhère pas forcément à leur destin déjà connu de tous, puisque c’est pour ça qu’on regarde le film (putain t’as vu les tripes…c’est trop bien foutu…ouais qu’est-ce qu’on se marre !!!!).

Ici, tout est fait pour nous faire comprendre la véritable portée de ces actes sadiques, et nous faire entrer pleinement dans la douleur de la victime. Parce que finalement, et à bien y regarder, cette famille de dégénérés est l’ancêtre de nos délinquants d’aujourd’hui, ceux-là même qui organisent des tournantes dans des caves sordides, ou qui enlèvent des jeunes de confession juive afin de le torturer juste pour passer le temps.

Le film est d’autant plus choquant que certains de ces actes sont commis ici par des préados  sous le regard presque amouraché de la mère pour sa progéniture, qui voit la séance comme une certaine expérience de la vie pour ses garçons chéris.Il y a une phrase dans le livre qui résume tout ce que l’on peut penser d’un tel évènement et du pourquoi…La honte ne faisait pas le poids face au désir.

 

 

Un désir très habilement mené par une mère mauvaise  et quelque part diabolique, qui punit une jeune fille parce que cette dernière est tout ce qu’elle-même n’a jamais été…une jeune fille belle, forte, et capable de dire non, même à un adulte. La marâtre délivrant au passage, sous les cris de douleur de la pauvre fille des sermons, certes loin d’être inexacts, mais totalement hors de propos et pour le moins sortis de leur contexte.

Si le film ne dure pas longtemps, on accueille donc le générique avec un certain soulagement, pour ne pas dire un soulagement certain.

Car, oui, le film est éprouvant. N’attendez pas cependant un film d’horreur, car le réalisateur a eu la bonne idée de suggérer plus qu’il ne montre, et croyez-moi, il en montre bien assez comme ça.

Amateurs de violence gratuite, vous pouvez donc retournez à l’HostelEli Roth, ou des meurtres imaginatifs et grand-guignolesques de la franchise Saw.

Loin donc de la volonté de prouver ce qu’on peut faire avec une bonne palette de maquillage, ou des belles images numériquement bien sanglantes, le film démontre également que le sadisme et la cruauté dont peut faire preuve l’être humain (mâle ou femelle) ne sont pas forcément innés, et qu’ils sont inculqués parfois comme quelque chose de tout à fait naturel quand les mots (ces mêmes sortis de leur contexte) sont délicatement accompagnés des actes. La manipulation psychologique atteint alors un paroxysme plus terrifiant que la plus sanglante des images, et on imagine sans peine, en amenant le procédé sur le terrain politique ou religieux, ce que peut donner un endoctrinement intensif sur des esprits jeunes et malléables. En implantant son récit dans un milieu urbain qui nous est connu, le film induit de plus un sentiment de paranoïa inquiétant, car nos voisins, aussi gentils soient-ils pourraient très bien faire partie de ces déviants en séquestrant une jeune fille pendant des années, lui faisant enfant sur enfant, sans jamais qu’elle ne sorte ou voit un médecin, ou bien cogner un vieil aveugle, nourrissant ce dernier de produits avariés pour lui piquer son bas de laine, tout en disant bonjour poliment aux habitants du quartier, ou encore torturer un retraité, lui coupant au passage une ou deux phalanges afin de lui faire avouer où il a planqué son oseille. Les exemples sont nombreux et n’incitent pas vraiment à un sentiment de sérénité en ce bas monde. Il est clair que l’on n’est plus dans de la pellicule stylisée à la manière des Wachowsky dans Bound, et les séances de tortures physiques et surtout psychologiques marqueront à coup sûr au fer rouge notre conscient, et notre manière de visionner ce genre de films.

Vous l’aurez compris, ce film fait donc partie de ceux qui vous foutent le moral à zéro, comme ce fût le cas pour moi il y a quelques années avec 8 mm où un Nicolas Cage, encore en odeur de sainteté cinématographique, évoluait dangereusement dans l’univers sombre des porn-snuff movies.

  

 

Parabole de l’esprit humain, de sa capacité à verser facilement dans le glauque et le sordide sans le moindre remord, le film remet donc certaines pendules à l’heure…le personnage de David, vieux, disserte en début de film (après avoir sauvé un SDF renversé par une voiture dont le conducteur s’enfuit lâchement) sur la souffrance, qu’elle soit physique ou morale, en citant sa femme qui souffre de ses problèmes de couples…ce dernier (en voix-off) rétorque qu’elle ne connaît rien de la douleur…d’autant qu’il s’agit également pour le jeune David d’une amourette avortée, qui aurait pu faire une belle histoire, s’il avait exprimé le courage dont il fait preuve dans le film, plus tôt. Un bond de près de 50 ans dans le passé et le cauchemar commence…

Un peu sur la même construction narrative que Stand By Me, mais en version plus sombre, et en moins bien dirigé, le film laisse néanmoins une emprunte indélébile qui hante pendant longtemps après le visionnage de ce métrage, aucunement voyeuriste, dénonçant plus un vrai problème de société (l’importance exacerbée que l’on porte à son propre individu et à sa souffrance personnelle au détriment de celle des autres, ainsi que le sacro-saint point d’honneur à ne pas se mêler de la vie des autres surtout quand elle est plus que merdique) tout en nous faisant pénétrer profondément dans la noirceur de l’âme humaine.

Assez bien construit psychologiquement parlant, le film manque cependant clairement de moyens pour afficher ses louables intentions, mais possède également l’une des plus détestables garces du cinéma contemporain (Blanche Baker avec un personnage d’une ignominie sans nom). Ceci étant dit, voici un premier film extrêmement dérangeant, malgré quelques maladresses, mais à l’impact réel et non négligeable, qui se doit néanmoins d’être vu, en prenant toutefois des précautions quant à la sensiblerie que pourront éprouver certaines personnes face à l’étalage d’un destin funeste qu’on ne souhaite à personne.

Soutenu par une musique discrète mais qui sait se faire présente dans les moments les plus importants (scènes de tortures)…un vrai tour de force caché derrière un petit film qui ne paie pas de mine mais qui en dit long, et de manière efficace. 17/20



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Tangokoni 14/07/2011 10:33

Oui, et quelle mutation ........... il est certain que les bases se doivent de toujours rester les mêmes, mais l'adolescence d'aujourd'hui n'est plus la même qu'avant, et c'est tout à fait normal puisque les adultes d'aujourd'hui ne sont plus du tout les mêmes qu'avant, la plupart sont complètement irresponsables de leurs jeunes, et il faut voir ce que ça peut donner ......

kschoice 11/07/2011 19:51

Je n'ai pas lu non plus, mais je pense que les mentalités ayant évolué, les règles en cours à l'époque ne doivent plus avoir les mêmes fondements désormais. Certains préceptes doivent perdurer pour les tout petits, mais passé un certain âge, il doit y avoir des lacunes désormais, et les psychologues ont certainement dû s'adapter à une évolution psychologique en pleine mutation.

Tangokoni 06/07/2011 09:11

Etonnants et Détonnants, oui comme tu dis lol.
Je n'ai jamais lu Dolto, et je pense que c'est certainement une lacune. Maman m'en a souvent parlé.

kschoice 27/06/2011 12:31

Oui il y aurait beaucoup à dire sur les enfants et les influences qu'on leur fait subir, le tout mélangé à leur propre caractère, ça donne parfois des mélanges (d)étonnants. Il me semble que Dolto en a écrit pas mal sur ce sujet, bien que je ne l'ai jamais lue.

Tangokoni 24/06/2011 13:54

Les gamins sont marrants oui; et ils sont nos copies conformes, même si on les trouve parfois étonnants dans leurs comportements, en cherchant bien, on s'y retrouve; parfois je me mets en colère aussi, normal, je ne peux pas me permettre de lacher trop de lest, et bien parfois lorsque mon ti homme tient un raisonnement particulier ou a une attitude spéciale, je me dis: "mais il a des attitudes d'adulte" et puis je me suis rendue compte que c'est mon miroir lol. Tout comme ta fille vous imit à ta femme et à toi lol.
On pourrait en écrire des romans en volume + l'infini.....