LES DIABOLIQUES

Publié le

Vera Films

d'Henri-Georges CLOUZOT

(France / 1954)

genre : Suspens / 1h55

Le directeur du pensionnat Delasalle (Paul Meurisse) est un tyran sans nom…que ce soit avec ses élèves, tout comme avec sa femme (Vera Clouzot) ainsi que sa maîtresse (Simone Signoret). Cette dernière se retrouve d’ailleurs souvent le visage couvert d’ecchymoses. Il distribue les punitions à tour de bras, use et abuse de sa position de directeur et de mari.  Misanthrope en puissance, devant l’évidence de sa méchanceté, par ailleurs constatée par tous, la femme et la maîtresse élaborent un plan visant à s’en débarrasser. Mais tout ne va pas se passer comme prévu.

Vera Clouzot et Vera Clouzot. Vera FilmsDeux ans après le très efficace Le salaire de la peur, Henri-Georges Clouzot produit et réalise son nouveau film, qui n’a plus rien à voir avec le précédent. Il revient tourner aux portes de Paris, avec quelques-uns des acteurs emblématiques du cinéma français, certains confirmés ou en devenir…Parmi eux, Charles Vanel, Michel Serrault, Jean Lefèvre, Noël Roquevert pour les plus connus, mais aussi l’incontournable Robert Dalban, véritable gueule du cinéma français d’après-guerre, ou encore un certain Johnny Hallyday dans une figuration parmi les élèves du pensionnat.

La réalisation de Clouzot n’est pas sans rappeler le style d’Alfred Hitchcock dans l’élaboration du crime, la description et le cynisme des situations, l’agencement des faux-semblants, ou l’interprétation, froide et à l’image de l’histoire.

…Plans de chaussures battant des pavés brillants de pluie, d’un parquet usé ou d’une main sur une rampe d’escalier/ plongée-contre plongée / Travelings latéraux / caméra pénétrant ou sortant par les fenêtres / jeux de miroirs, d’ombres et de lumières / cadres serrés sur des objets spécifiques liés à l’intrigue (téléphone ou clefs) / grincements de porte dans la pénombre…

Clouzot gratifie le spectateur de tout son savoir faire de cinéaste.

 

 

 

Hitchcock lui-même, impressionné par le film et le succès qui s’en suit, demande personnellement aux auteurs de l’histoire (Pierre Boileau et Thomas Narcejac « Celle qui n’était plus ») de lui concocter une histoire dans le même style que Les diaboliques…il en résultera Sueurs froides.

En 1960, dans Psychose, on retrouve même quelques plans inspirés par Clouzot (la caméra qui entre par la fenêtre au tout début du film ou encore un gros plan sur la bonde de la douche (la baignoire pour Les diaboliques) ainsi que le regard effrayant d’Anthony Perkins, qui n’est pas sans évoquer celui de Paul Meurisse dans sa baignoire.

Malgré tout, si l’inspiration mutuelle des deux cinéastes semble évidente dans leurs œuvres respectives, Les diaboliques reste somme toute très français, surtout dans les dialogues qui respirent l’accent du titi parisien dans des dialogues parfois implacables.

Sans aucune musique, sinon celle du générique de début et de fin, le cinéaste réussit dans son intrigue à tiroir, à tirer le meilleur parti d’une histoire machiavélique qui marque les esprits, jusqu’au dénouement final, cruel dans son sadisme exacerbé et qui laisse planer également, à travers la déclaration innocente d’un des jeunes pensionnaires, un mystère troublant de plus, propre à laisser libre court à notre imagination.

Un pur bonheur cinématographique qui surprend à tous les niveaux, déjà au premier visionnage, mais aussi et surtout quand, connaissant désormais l’histoire, on regarde à nouveau ce film afin d’en comprendre les rouages, de décrypter les indices disséminés ça et là. On s’aperçoit ainsi de la force incontestable de certains gestes, certaines répliques, qui prennent alors tout leur sens.

Clouzot, conscient de tourner un film qui fera date dans le cinéma français, demande au public des salles de cinéma, par un encart fixe, de ne pas dévoiler l’histoire, et de garder le silence sur les scènes clés du film, afin de ne pas gâcher la surprise du premier visionnage.

Un certain M. Night Shyamalan avait fait de même durant la promotion de son film Sixième sens qui marqua lui aussi les esprits

Vera Clouzot (une brésilienne née Vera Gibson Amado) joue dans ce film une riche héritière cardiaque…Comble de l’ironie, elle décèdera 5 ans plus tard, en 1960 d’une crise cardiaque à l’âge de 47 ans.

  

Tout comme Le salaire de la peur, Les diaboliques acquiert quelques récompenses de par le monde…

 

Prix Louis-Delluc en 1954

Prix du meilleur film étranger lors des New-York Film Critic Awards 1955

Prix Edgar Allan Poe du meilleur film étranger en 1956

Un film incontournable du cinéma français d’après-guerre, qui est vite devenu un classique par les nombreuses qualités de la réalisation, un style précis et efficace qui s’appuie sur la suggestion, le tout sans utilisation de musique, et une interprétation qui privilégie les regards, et des dialogues ciselés, d’un cynisme aussi noir que l’intrigue elle-même.

 Excellentissime ! 18/20



Publié dans classiques

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kschoice 24/06/2010 19:39

Oui, j'essaie de le trouver en location pour voir ce qu'il vaut avant d'investir plus avant. Mais Les années laser en disent le plus grand bien en effet.

borat8 24/06/2010 16:21

L'enfer est sortit en DVD et a eu une très bonne critique.

kschoice 24/06/2010 13:58

Pas vu celui-ci...il y a aussi son dernier inachevé "L'enfer" repris dans un semi-docu qui retrace le tournage et ses difficultés.
D'après la Bande-annonce ça pourrait être pas mal...faut voir. Le jeu de lumière sur le visage de Romy Schneider est des plus réussi.

borat8 23/06/2010 16:25

En tous cas, de très bons films. De Clouzot, j'ai également vu Le verdict avec Bardo.

kschoice 23/06/2010 13:45

Oui...j'ai beau connaître ces deux films, à chaque fois que je les regarde, je les trouve toujours aussi prenants.