DEUX JOURS A TUER

Publié le

StudioCanal

de Jean BECKER

Jean Becker (réalisateur). StudioCanal

(France - 2008)

genre : comédie dramatique (1h25)

Antoine Méliot, la quarantaine, a tout pour être heureux : une belle épouse, deux enfants adorables, des amis sur lesquels il peut compter à tout instant, une jolie demeure dans les Yvelines et de l'argent. Mais un jour, il décide de tout saboter en un week-end : son bonheur, sa famille, ses amis. Que s'est-il passé chez cet homme pour qu'il change si étrangement de comportement ?

Albert Dupontel. StudioCanalSi je n’ai pas une joyeuse propension à parler des films français sur mon blog, c’est en grande partie en raison du fait que je trouve notre cinéma trop indigent et bien pauvre visuellement pour pouvoir y trouver quelque intérêt que ce soit. Je préfère, et de beaucoup, me replonger dans un passé glorieux, période après-guerre où des cinéastes comme Henri-Georges Clouzot, Henri Verneuil ou Claude Autant Lara brillaient de mille feux, ou bien dans les années 60, avec la pléthore de comédiens tels que Ventura, Gabin, Montand, Noiret, Blier, ou encore Fernandel, Dalban et Pousse…qui nous offraient alors des purs joyaux de films noirs ou de comédies efficaces.

Il faut bien avouer qu’aujourd’hui, nos comédiens sont devenus beaucoup trop éthérés, et manquent de consistance, de naturels. Héritage d'un passé théâtral peut-être. C’est un peu ce que je pensais également d’Albert Dupontel…d’abord humoriste, puis acteur en demi-teinte avec des rôles pas franchement convaincants. J’avais d’ailleurs fait un article on ne peut plus négatif sur Irréversible, où Dupontel partageait l’affiche avec le couple Cassel/Bellucci.

Seulement, Jean Becker est un cinéaste à l’ancienne…qui aime les acteurs, et qui réussit à tirerMathias Mlekuz, Albert Dupontel, Cristiana Reali et Francois Marthouret. StudioCanal un parti inattendu d’acteurs ou actrices pas forcément taillés pour le cinéma. Ce fût le cas notamment avec Alain Souchon dans L’été meurtrier, ou plus tard avec Vanessa Paradis dans Elisa. Plus récemment, il nous enchantait littéralement avec des films comme Les enfants du marais ou encore Un crime au paradis, comédies tendres et nostalgiques, teintées d’une noirceur certaine déguisée sous le ton d’un humour subtil et efficace.

Il en va donc de même avec ce film…Deux jours à tuer. Très grosse et résolument bonne surprise, Becker, s’il n’évite pas le piège de la caméra à l’épaule, franchement inesthétique par moments, nous livre un film brillant et simple, surtout de par ses dialogues percutants. D’une violence (morale surtout, bien que physique aussi parfois) inouïe, le personnage de Dupontel nous assène un pétage de plomb mémorable qui n’est pas sans avouer le malaise latent d’une classe sociale pourtant aisée.

Albert Dupontel et Marie-Josée Croze. StudioCanal« L’argent ne fait pas le bonheur »…si l’adage est connu, et il est d’ailleurs proclamé par l’un des personnages, il est illustré ici avec une philosophie toute relative. Le film, et surtout son personnage principal, emprunts tous deux d’une franchise parfois excessive, mais totalement « catharsisique », soulignent le mal être de la vie moderne et l’aspiration à une vie plus vraie. Les chansons qui jalonnent le film, notamment celle de Johnny Hallyday (J’ai oublié de vivre) sont donc à ce titre très parlantes et s’échappent donc de ce côté ringard, pour délivrer un vrai SOS humain.

Si Dupontel nous apparaît d’abord immonde, odieux, aigri au possible par cette vie qui l’étouffe, il devient peu à peu fragile, humain, à cent lieues des évidences et préjugés liés à sa classe sociale.

Drame intimiste, intelligent, bluffant sur sa fin inattendue, Becker réussit une fois de plus à tirer leAlbert Dupontel et Jean Becker (réalisateur). StudioCanal meilleur parti d’un acteur que je trouvais pour ma part, inégal et pas franchement attachant. Je me dois d’avouer qu’avec ce rôle, Dupontel me réconcilie en partie avec le cynisme acide d’un humoriste pour le moins exubérant, et à l’humour très spécial. Et ça, ce n’était pas gagné d’avance. Becker a donc su trouver le juste milieu entre les capacités de l’humour fielleux et la puissance d’un récit déguisé en véritable drame, pour nous livrer un vrai film de cinéma, aux décors naturels de toute beauté et au message philosophique très fort. Une vraie réussite. 17/20

  

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Kschoice 29/09/2009 11:59

Je ne peux être que d'accord avec toi, mais il faut souligner la direction d'acteur également emmenée par un cinéaste inspiré.

borat8 28/09/2009 21:11

Un très beau film avec un Dupontel parfait.

kschoice 18/04/2009 09:49

C'est vrai, un rôle sur mesure pour Dupontel finalement qui réussit là un vrai tour de force. Si le film possède néanmoins quelques maladresses, il n'en reste pas moins un exemple brillant de ce que peut nous offrir le cinéma français.

Corsu61 17/04/2009 21:45

j'ai beaucoup aiméj'ai beaucoup aimé, et Dupontel est vraiment convaincant. Même si la trame est prévisible, c'est émouvant et l'on passe un moment difficile mais empreint de talent.