DEUX FRERES

Publié le

Réalisé par Jean-Jacques Annaud

Paramount Pictures

(France - Angleterre / 2004)
 Avec Guy Pearce, Jean-Claude Dreyfus, Philippine Leroy-Beaulieu

Date de sortie cinéma : 7 avril 2004

disponibilité Blu-ray : 10 septembre 2008

genre : aventures / drame - 1h50

Perdu dans le fin fond de la jungle du Cambodge, un temple abandonné abrite un couple de tigres. De leur union, naîtra deux frères, bientôt séparés par l’arrivée des hommes, un chasseur venu faire du commerce en pillant les temples de leurs statues de pierre sculptées. L’un des deux frères se retrouvera dans un cirque, tandis que l’autre atterrira chez le fils d’un gouverneur français, puis d’un prince khmer, collectionneur animalier. Le destin en décidera autrement, en les réunissant lors d’un combat sauvage…sauront-ils se reconnaître ?

Avis film : 15/20

Pathé DistributionJean-Jacques Annaud, est depuis longtemps considéré en France, à juste titre d’ailleurs, comme un cinéaste talentueux, emprunt de rigueur et d’un sérieux qui lui ouvrent des tournages aux budgets conséquents et parfois risqués…L’ours et Le nom de la rose peuvent témoigner de ses prises de risques réelles, légitimement validées par un public à chaque fois conquis par une maîtrise et une justesse de ton évidentes et indéniables.

Doté d’un sens visuel, et d’une direction d’acteur souvent cosmopolite, le cinéaste n’a pas peur de diriger des débutants aussi bien que des grands noms…ainsi que des enfants ou ici des animaux. Tout ce qui fait peur à la majorité des cinéastes il faut bien le dire, Annaud l’adapte à son style, le nourrit de ses rêves, ô combien ambitieux, et prend le temps qu’il faut pour ne pas se louper. Quand un film nécessite 2 à 3 mois de tournage, il en prend sept, en plus des six mois de pré-production concernant essentiellement les repérages.

Avec ce projet, qui est né d’une visite (les temples d’Angkor) qui a bouleversé sa vie, le cinéaste, qui est aussi scénariste et producteur, se donne les moyens d’arriver à ses fins, même si ses « visions » donnent souvent du fil à retordre à ses scénaristes, directeurs de castings, ou encore de repérages.

Il le prouve une fois de plus avec ce film qui voit l’histoire simple de deux frères tigres séparés par les actes des hommes, qui vont grandir, l’un avec d’abord un chasseur, puis les membres d’un cirque, l’autre avec le garçon d’un gouverneur français, puis d’un collectionneur animaliers, prince de son état et adepte de la chasse et de la flatterie.

Plus ou moins un film d’époque, l’atmosphère du début du 20ème siècle du sud-est asiatique en tant que colonie française jette un regard à la fois curieux et critique sur ce qui se déroulait à cettePathé Distribution époque. Le film vaut donc surtout pour la relation fraternelle de deux tigres, deux frères aux destins emplis de mille aventures que le spectateur suivra avec délectation.

Le tigre étant mon animal préféré, et le Cambodge m’ayant également profondément marqué (au point d’épouser une khmère) j’ai donc été tout naturellement séduit par ce film d’un cinéaste que je suis toujours avec bonheur tant il alterne grosses productions (fabuleux Stalingrad) ou films intimistes (L’amant), d’aventures (La guerre du feu) ou animaliers (L’ours).

Si ce film n’est pas l’un des tous meilleurs du cinéaste, il est toutefois emprunt d’une certaine magie dans cette histoire bien improbable qui tient plus du conte pour enfants que d’un film tout ce qu’il y a de plus sérieux. On se croirait presque par moment dans un film de Luc Besson, Freddie Highmore, futur Arthur, faisant ici ses premières grandes armes de comédien.

Ce film pourra donc pour certains, sembler anecdotique et peu intéressant en tant qu’œuvre cinématographique, et ne sera certainement pas considéré comme une œuvre majeure de ce cinéaste, mais il reste un témoignage lumineux de ce que l’on peut faire avec des animaux, du talent et de la patience.

Avis Blu-ray : 18/20

Guy Pearce et Jean-Claude Dreyfus. Pathé DistributionMalgré la reprise du transfert HD DVD, format défunt de Microsoft, l’encodage VC-1 était suffisant de qualité, et n’a donc pas nécessité une reprise quelconque. Le film étant somme toute assez récent (2004 ce n’est pas si vieux) les images possèdent donc une netteté incomparable en HD. Si l’on met de côté quelques plans bruités dans les scènes sombres (intérieurs temples), le reste des scènes brillent de mille feux sous le chaud soleil du Cambodge, où le film à été tourné la grande majeure partie du temps.

Certains plans sont confondants de réalisme, avec une définition hors pair, alors que dans le plan suivant, dans la même scène, l’image se retrouve légèrement bruitée sans que la lumière n’ait subi de changement notable. Curieux donc, mais pas envahissant, surtout que cela reste très sporadique, et que l’ensemble est exempt de scratchs et points noirs, ou autres salissures.

Les images sont donc, pendant une très grande majorité du film, absolument somptueuses, surtout que les décors naturels (temples perdus dans la jungle) et l’utilisation de vrais tigres rend l’ensemble très attractif du point de vue image HD…les détails de la jungle (la rivière sacrée, les bas reliefs des temples) ainsi que les fourrures des félins, ressortent donc dans une luminosité mise en valeur par une photographie presque irréelle, aux couleurs aussi chaudes que le climat du sud-est asiatique.

Les gros plans, qu’ils soient sur les visages humains ou sur les regards puissants des tigres, jeunesPathé Distribution ou vieux, sont à tomber de détails, même si parfois les effets numériques se font clairement ressentir sur les effets de lumière de certains plans (le reflet des flammes dans les yeux du tigre, le rayon de soleil au travers de l’oreille trouée de la mère tigre), l’ensemble reste donc brillant et très impressionnant.

Seul ombre au tableau, un plan pour le moins curieux, à 1h14’40’’ qui voit un étrange halo verdâtre s’inviter sur les contours les plus lumineux d’une image pour le moins bruitée. Un plan vite oublié au regard du reste qui tient franchement du haut de gamme. Bluffant.

Côté son, la VF propose un DTS 5.1 HD High Resolution, alors que la VO propose elle un DTS 5.1 HD Master Audio.

Il faudra vraiment faire la fine bouche pour préférer l’une à l’autre tellement elles sont très voisines...en VF, le crépitement des flammes ou le rugissement des tigres, où encore les rares coups de feu  trouvent là une piste HD de toute beauté, peut-être un chouïa plus clairs sur la VO, notamment sur la centrale et sur les surrounds.

Avis bonus : 13/20

Pathé DistributionMaking-of / 1h18 / VF/VOST / SD / VC-1 / DTS 5.1

Si l’on perd une grande partie des bonus du double DVD prestige, on garde ici l’essentiel et incontestablement le plus intéressant, à savoir le making-of. Pas de bande-annonce, ou de photos HD, simplement le making-of…

Contrairement aux exemples ricains, souvent promotionnels et évasifs, ici, Jean-Jacques Annaud est souvent présent et nous explique toujours la raison de ses choix artistiques, avant de rentrer plus en détails dans la fabrication réelle de son film…

-Les repérages.

Pendant près de 6 mois, le réalisateur écume les provinces Khmères sur les quatre points cardinaux afin de trouver les lieux propices au tournage. S’il a une idée bien précise de ce qu’il veut, il n’exclut pas pour autant un changement de dernière minute, dû à un coup de foudre.

-Les décors.

Les temples aujourd’hui n’ont assurément plus le même visage qu’en 1920, époque où se déroule l’histoire du film. Afin de recréer l’aspect visuel, il a donc fallu reconstruire quelquesGuy Pearce. Pathé Distribution statues, celles-là même qui ont été l’objet d’un commerce intensif à cette époque. Annaud revient sur les spécificités imposées par le gouvernement Khmer afin de conserver les lieux le plus intact possible. Toutes les pierres ont donc dû être protégées afin de supporter le matériel de tournage, nécessaire pour tourner les plans voulus par le réalisateur. Il s’explique également sur les avantages de tourner en studio, même si cela nécessite de recréer entièrement un décor…Placement du matériel facilité, contrôle des lumières, rapidité de tournage avec les acteurs…

-Casting animal.

Annaud revient sur le casting de près de 30 tigres différents de tous âges, la majorité étant française, et du transport de ces derniers, de Paris jusque dans les provinces les plus reculées du pays.

-1er jour de tournage.

N’ayant eu que très peu de temps de préparation, et étant introduits dans un élément naturel que les tigres ne connaissent pas forcément, les caméras nous montrent l’imprévisibilité de ces animaux, qui même s’ils sont domestiqués, gardent malgré tout un côté sauvage.

Entre l’un qui s’enfuit avec les micros du tournage, ou l’autre qui saute sur les cages renfermant les techniciens…les frayeurs et petits problèmes de tournage ont donc été nombreux.

- Les lieux inaccessibles.

Pathé DistributionDurant ses repérages, Annaud a littéralement flashé sur un intérieur temple, ce dernier étant totalement perdu au fin fond d’une jungle pour le moins inaccessible. Qu’à cela ne tienne, Annaud utilise son pouvoir de persuasion (en tant que producteur, il a également son mot à dire) pour pouvoir malgré tout tourner dans ce lieu qu’il considère comme unique et jamais vu sur un écran. Pour cela il n’utilisera pas moins de trois gros hélicoptères pour transporter acteurs et matériels nécessaires pour cette scène, d’à peine une minute à l’écran.

Par ailleurs, ces lieux étant très reculés, il aura fallu utiliser une brigade de détecteurs de mines, car encore aujourd’hui, les mines anti-personnelles dispersées un peu partout dans le pays par les Khmers rouges, n’ont pas encore toutes été identifiées et neutralisées.

- Method-acting.

Une mise en avant des dresseurs et de leurs méthodes particulières pour obtenir les gestes précis des animaux. Un tournage où tout le monde parle (le réal pour les instructions, et les dresseurs pour les animaux) et où il y a beaucoup de bruit (tambours, clochettes etc…pour attirer le regard des animaux), l’ambiance sonore étant elle entièrement recrée en post-production.

- La scène d’amour.    

C'est connu désormais, dans tous les films d'Annaud, il y a une scène de sexe. C'était déjà le cas dans L'ours, ici il ne déroge pas à la règle, même si c'est d'une complexité infinie avec des animaux. Une fois de plus, Annaud explique qu’un acteur peut tout simuler, mais que pour les animaux, si les jeux où les scènes de bagarres peuvent être obtenues par d’habiles stratagème de tournage et surtout de montage, pour ce qui est du sexe, ils ne peuvent absolument rien faire de ce côté-là. Aussi, sur le plateau, était prévu en permanence un endroit réservé et prêt à tourner si l'envie se faisait sentir entre le couple tigre du film.

- Du scénario au tournage.

Alain Godard, le co-scénariste du film revient sur les méthodes de travail de Jean-Jacques Annaud, de ses idées et de leurs mises en place dans l’histoire. On peut sentir parfois le doute s’installer mais le respect quant au résultat final, car même lui ne pensait pas tout cela possible. Courte mise en avant de la dessinatrice des story-boards et de leur importance pour la mise en place des plans dans le film.

- La musique.  

Quelques séquences de l’enregistrement dans les studios d’Abbey Road (studio habituel des Beatles) en Angleterre en compagnie de son compositeur Stephen Warbeck et l’utilisation d’un orchestre symphonique.

- La partie de football.

Difficultés de tourner la scène de retrouvailles des deux frères et de la partie de ba-balle qui s’en suit. Quatre heures de rushes, et pas grand-chose d’utilisable. Il aura fallu reconstruire le bas de l’arène en studio et retourner les scènes avec des tigres dressés pour l’occasion.

- Des temples aux tentes.

Annaud revient sur la construction en dur d’un village en utilisant des figurants de la province où il tourne, pour un souci d’authenticité.

- Les effets spéciaux.

Les FX ayant une place prépondérante dans ce film, retour sur les diverses techniques utilisées…effets visuels, mécaniques, animatronics dans les différents ateliers correspondants.

- Trucages numériques.

Les tigres, même dressés restant des animaux sauvages, il était hors de question de faire tourner les acteurs en présence des félins. Pour les nombreuses scènes où c’est le cas, Annaud a donc du tourner ce qu’il appelle en double-passe…une première fois avec les acteurs, et une seconde avec les tigres, pour superposer les deux en studio de mixage vidéo. D’où l’importance de bien visualiser la scène sur monitoring.

- Les costumes.

Sous la direction d’un styliste parisien, on voit la formation de la main-d’œuvre khmère à l’élaboration des costumes du film, 500 en tout sur le film, à partir de documents photographiques de l’époque du début du 20ème siècle.

- Les acteurs bipèdes.

Annaud revient sur les techniques employées pour obtenir des acteurs les émotions voulues pour le film.

Making-of complet donc, qui passe en revue bon nombre des postes secondaires mais  nécessaires à l’élaboration de son film. C’est pas du Bouzereau, mais cela reste passionnant.

Image : 16ème 2.35 / encodage VC-1 / Chapitré (16) / Menu animé et en 5.1Sous-titres français.

Son : Français – DTS 5.1 HD High Resolution

         Anglais – DTS 5.1 DTS HD Master Audio

Editeur Blu-ray : Pathé vidéo

BD 50 (Double couche)



Publié dans Côté BLU-RAY

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Commenter cet article

kschoice 11/11/2010 20:31

Aucune idée Astrid, ce n'est pas précisé dans le making-of, mais 26 des trente tigres utilisés dans le film viennet de différentes régions françaises, probablement plus du côté des éleveurs d'animaux pour le cinéma, car il y en a beaucoup en france qui se spécialisent dans le dressage d'animaux pour les tournages cinéma.

Astrid 11/11/2010 20:20

D'ou viennent les tigres du film? Sont-ils d'un Zoo dans le nord de la France?

kschoice 12/10/2010 20:38

@ Ideyvonne...
Il est clair qu'Annaud sait s'entourer. Il vaut mieux quand, comme lui, on a une imagination débordante propre à donner du fil a retordre aux divers postes du tournage.
Sinon entièrement d'accord avec toi pour le tigre, qui est bien au-dessus du lion en terme de prestance animale.

@Kleinhase...
Mon p'tit lapinou...je crois bien que le tigre est l'animal préféré de beaucoup de gens...mais ça nous fait effectivement un point commun supplémentaire. Pour la direction des animaux, il s'en était très bien sorti sur L'ours, magnifique également et projet risqué à l'époque, et il réitère ici l'expérience.
Le tournage n'a pas été de tout repos comme on peut le voir dans les bonus, et pour la scène de l'arène, il y a eu pas moins de 4 heures de rushes, malheureusement inutilisables car les tigres n'étaient pas suffisamment dressés pour la scène...Il a fallu reconstruire le décor en studio, et retourner la scène avec des tigres dressés cette fois-ci pour l'occasion. Et ça ne se voit pas du tout à l'écran.
La magie du cinoche en somme :-)

Kleinhase 12/10/2010 17:10

Vu au cinéma à sa sortie en salles, j'avais adoré, d'autant plus que - comme toi, mon cher Kschoice :) - le tigre est aussi mon animal préféré (décidément... si ça continue, je vais finir par croire qu'on est jumeaux !!! :-D).
Non, plus sérieusement, film magnifique, plein de poésie et de tendresse; scénario émouvant bien que, il est vrai, relativement naïf; musique superbe, tigres craquants à souhaits et paysages naturels merveilleusement mis en valeur par une réalisation inspirée de J.-J. Annaud, lequel a fait appel au dresseur de renom Thierry Le Portier, qui avait déjà travaillé avec Annaud pour les besoins de "L'Ours" et qui avait notamment dirigé les lions et tigres de "Gladiator"... du très lourd, quoi. Lions & tigres ayant été dressés au Puy du Fou, pas loin de chez moi...
Je me souviens que lorsque j'avais vu "Deux frères" au cinéma, la scène dans l'arène, au cours de laquelle les deux frères tigres se retrouvent, m'avait donné le frisson.

ideyvonne 10/10/2010 13:05

Un film que je n'ai vu qu'une seule fois mais dont j'ai bien envie un revisionnage car il m'avait subjuguée.
Pour ce qui est des costumes, c'est Pierre Yves Gaynaud, celui-là même des films comme "la comtesse", "Indochine" ou encore "man to man", 3 excellents films aussi.
Jamais pu encore aller au Cambodge mais en ayant été en Thaïlande et en ayant vu des temples d'influence Khmers, je me dis que ce pays doit être fascinant. Par-contre j'ai pu prendre un tigre en photo dans un zoo et cet animal devrait être considéré comme un Empereur (étant donné que le lion est le roi!)