BIENVENUE CHEZ LES CH'TIS

Publié le

Pathé Distribution

de Dany BOON

(France - 2008)

genre : comédie / 1h45

Philippe Abrams est directeur de la poste de Salon-de-Provence. Il est marié à Julie, dont le caractère dépressif lui rend la vie impossible. Pour lui faire plaisir, Philippe fraude afin d'obtenir une mutation sur la Côte d'Azur. Mais il est démasqué: il sera muté à Bergues, petite ville du Nord.
Pour les Abrams, sudistes pleins de préjugés, le Nord c'est l'horreur, une région glacée, peuplée d'êtres rustres, éructant un langage incompréhensible, le "cheutimi". Philippe ira seul. A sa grande surprise, il découvre un endroit charmant, une équipe chaleureuse, des gens accueillants, et se fait un ami : Antoine, le facteur et le carillonneur du village, à la mère possessive et aux amours contrariées. Quand Philippe revient à Salon, Julie refuse de croire qu'il se plait dans le Nord. Elle pense même qu'il lui ment pour la ménager. Pour la satisfaire et se simplifier la vie, Philippe lui fait croire qu'en effet, il vit un enfer à Bergues. Dès lors, sa vie s'enfonce dans un mensonge confortable...

Kad Merad et Dany Boon. Pathé DistributionA l’heure où tous les supermarchés mettent en avant un étal spécial pour la sortie DVD et Blu-ray du film, c’est l’occasion pour moi, reprenant la longue liste d’articles en tous genres sur la blogosphère, de se repencher sur ce buzz considérable aux proportions qui ne manqueront pas d’agacer beaucoup d’allergiques au système commercial hors norme qui a suivi la sortie du film.

En tant que facteur de profession, plus que tout autre finalement, je me devais de parler de cette comédie atypique qui restera comme le film évènement de cette année 2008. Même si j’alimente un peu plus une success-story qui n’en a pas (ou plus) vraiment besoin. Bien qu’ayant à cœur de faire découvrir des œuvres moins connues et qui méritent (à mes yeux) pourtant de l’être, je n’avais pas forcément le besoin d’en faire un article, certains (voire même nombreux) de mes confrères blogueurs s’étant déjà très largement attelé à la tâche…Mais suite à un commentaire laissé chez Goodfeles sur ce film, je me décide finalement à écrire quelques lignes sur le deuxième film de Dany Boon.

Nombreux, à en croire les entrées record, sont ceux qui ont succombé au phénomène nordiste, Dany Boon et Kad Merad. Pathé Distributionet nombreux sont ceux également qui face à une déferlante ch’timi, ont choisi de résister et de ne pas céder au marketing tapageur qui n’a pas manqué d’accompagner ce succès pour le moins historique du cinéma français. Pourquoi ce succès ?
Le succès du film repose surtout sur l'appui de toute une région. Ayant vu Dany Boon sur scène, il reste un artiste sensible et véritablement proche de son public. Dans ses sketchs, il n'a pas peur de passer pour un péquenaud en promotionnant sa région du Nord-Pas de Calais...et le fait est qu'il le fait avec brio et bien sûr avec un humour ravageur sur scène, déjà avec la présence de nombreux clichés avec lesquels il s’amuse en les détournant de manière à nous faire rire. Logique donc qu'il reprenne quelques éléments de ses sketchs dans un film que d'aucuns diront bourré de clichés (la pluie qui tombe à verse juste au passage de la  « frontière » régionale en est probablement l’exemple le plus flagrant).
Anne Marivin, Guy Lecluyse, Dany Boon, Zoé Félix, Kad Merad et Philippe Duquesne. Pathé DistributionDes clichés oui, il y en a...et un paquet. Mais Dany Boon les utilise justement pour dire qu'ils n'ont pas lieu d'être. Il joue avec pour nous faire découvrir avec toute sa sincérité son amour pour sa région. C'est avant tout ça que les gens auront retenu. Le duo d'acteur qu'il mène avec Kad Mérad (qui m'a fait mourir de rire avec Olivier dans La grosse émission sur Comédie) se tient donc dans la droite lignée de ce que les années 60 nous ont offert avec Bourvil et Louis De Funès sans en avoir toutefois la symbiose artistique. A ce titre ces deux-là (Boon et Merad) n'ont pas la prétention de remplacer ces irremplaçables, mais le public a besoin d'élire dans une génération un duo d'acteur qui sera à leur image, et la séquence de la tournée du facteur (ça me connaît ;-) ) restera dans les mémoires tout comme La traversée de Paris (en 1956) ou de la campagne française dans La grande vadrouille 10 ans plus tard.
C'est donc avant tout l'amour qu’a Boon pour sa région qui transpire au travers de ce film, et rien que cela, je trouve ça plutôt beau, même si, je le répète, le film n'est pas à se plier en quatre. Mais on sourit souvent devant certains dialogues et situations toujours empruntes de préjugés divers.

Oui, il y a beaucoup de choses intéressantes, et d'autres qui le sont beaucoup moins (la séquence Zoé Félix et Kad Merad. Pathé Distributiondu beffroi transformant son personnage en une sorte de Fantôme de l'Opéra...ça peut sembler limite), à ce titre, le film n'est effectivement pas une comédie ultime, et les éclats de rire tonitruants sont plutôt rares de ce fait. Mais comme je l'ai dit, on sourit beaucoup, et Boon joue habilement avec les caractéristiques du patois nordiste (ch’timi serait plus approprié finalement) pour créer des situations humoristiques nombreuses et variées à défaut d'être pleinement efficaces.

On est donc plus dans la quantité que dans la qualité. Mais qu'importe...le public ne s'y est pas trompé et est venu en masse pour plusieurs raisons...La première est de ne pas mourir idiot et de pouvoir discuter en société du phénomène ch’timi, et la seconde venue bien après, devant le succès retentissant d'une avant-première régionale (Boon a sorti une semaine avant son film exclusivement dans la région Nord Pas de Calais, cumulant plus d'1 million d'entrées en moins d'une semaine) est surtout que la fierté française a repris le dessus devant la possibilité chaque jour un peu plus grande, de pouvoir battre les américains en coulant une seconde fois le Titanic de James Cameron qui siégeait à la première place d'un classement, ce dernier détrônant le très sacralisé film de Gérard Oury...La grande vadrouille.

Line Renaud et Dany Boon. Pathé DistributionCertaines personnes ont même milité dans ce but, allant personnellement revoir le film trois ou quatre fois même, afin de lui donner une chance de pouvoir réaliser l'exploit.

A ce titre, le film des ch'timis devient donc une certaine forme de renaissance de la comédie populaire, pas forcément ultime je le répète, pas forcément pleinement réussie (ce n’est que la deuxième réalisation de Dany Boon) mais on ne peut plus sincère, et qui a généré de plus des produits dérivés classiques...a ceci près que Boon, dans sa grande générosité, à décidé de reverser les profits à des œuvres caritatives de sa région.

Tout cela finalement a amplifié le phénomène "ch'ti"...à l'extrême diront certains, mais on est bien obligé de s'apercevoir que tout cela à créé des emplois dans la région, puisque des circuits touristiques sont désormais disponibles dans la ville même de Bergues où a été tourné le film.

L'économie de la région s'en porte depuis, beaucoup mieux et cette dernière a élevé Boon presque au rang de héros régional.

Alors oui, on pourra être énervé par le système d’exploitation du phénomène ch’ti…ce dernier Kad Merad. Pathé Distributionnous étant servi à toutes les sauces…sonneries de portables, T-shirt, dictionnaires français-Ch’ti, dopage des ventes du Maroilles, ou émissions télé spéciales ch’tis, et même une édition DVD à la hauteur du phénomène…à savoir 2 millions de copies  (dont 1 million d’exemplaires ont été écoulés en 2 jours !!!) au lieu des 200 000 habituelles pour un film ayant bien marché !!!!

Mais bon c’est comme ça, pour une fois que le public se trouve un exutoire au marasme économique actuel, Boon nous fait finalement penser un peu à autre chose. Cela se calmera irrémédiablement d’ici quelques temps, quand les ch’timis eux-mêmes en auront assez d’être perçus comme un phénomène justement.

Reste un film plaisant, souvent drôle à défaut d’être irrésistible, qui fait la part belle aux paysages d’une région un peu trop stigmatisée par des clichés qui n’ont finalement plus lieu d’être. Boon nous prouve ici qu’ils ne sont pas que des chômeurs, des gueules noires, ou autres pédophiles et consanguins comme il a été bassement écrit sur une banderole pendant un match de foot…mais des êtres humains comme les autres avec leurs traditions, leurs façons d’être et leurs joies de vivre. Tout comme la France possède de nombreuses régions, ces dernières possèdent parfois leur patois…qu’il soit breton, normand, alsacien, auvergnat, savoyard, ou du sud…la langue française regorge de différences linguistiques propres à chacune de nos régions…en dénigrer Guy Lecluyse, Anne Marivin, Philippe Duquesne et Kad Merad. Pathé Distributionune, c’est ainsi dénigrer les autres, et quelque part se dénigrer soi-même.

Dany Boon lui-même n’espérait pas un tel engouement, mais il est là, et il faut faire avec. On peut ne pas aimer, mais ce qu’il a réussi à faire avec trois fois rien force quand même un peu le respect.

Comme il le dit dans un de ses sketchs… « Dans l’ch’Nord, on a rien mais on est fier ! » Et le fait est qu’il peut l’être assurément de l’exploit accompli. 14/20

 

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Kschoice 05/10/2009 13:07

Comme je l'ai dit Borat, le film n'est pas la comédie ultime...Je n'ai que très peu éclaté de rire, donc à ce titre, oui je ne peux être que d'accord avec toi sur le fait que le film est largement surestimé.
Mais il faut faire la différence entre la réelle qualité du film et le nombre d'entrées, c'est surtout la possibilité de remettre en avant un film et un cinéma français qui en avait alors bien besoin.
Pour reprendre ma note, qui est de 14/20, elle reste donc une bonne note, mais pas excellente. On passe un bon moment, même si le film n'est pas inoubliable...pour dire, je ne l'ai même pas en DVD chez moi.

borat8 03/10/2009 21:02

Très surestimé en ce qui me concerne.Après 2 visions,je crois que je passe à côté de ce film.

Kschoice 01/08/2009 20:34

Je suis d'accord en tous points avec toi Kleinhase...dénigrer un succès populaire est devenu aujourd'hui plus que banal, et est de fait une certaine forme de rebellion, histoire d'afficher sa différence. Genre...puisque tout le monde y va, moi je n'y vais pas...je ne suis pas un mouton...etc...
Ce n'est pas nouveau, et ça existera encore pendant longtemps. Il faut faire avec, c'est comme ça. Si on accepte les gens tels qu'ils sont réellement, peut-être se rendront-ils compte un jour qu'on peut ne pas aimer un film, mais qu'il n'est en rien nécessaire de traiter un tiers de la France d'abrutis décérébrés. C'est quand même le but du cinéma...divertir! Si les tous premiers films étaient des fantasmagories SF (Méliès) très vite c'est la comédie qui est apparue car c'est le seul genre qui peut se passer de dialogue. Keaton et Chaplin ont longtemps dominés le genre. De tout temps, l'homme ressent le besoin de rire, même a quelque chose de très con. Coluche ne faisait pas dans la finesse, Bigard non plus, et ils ont été pendant un temps les comiques préférés des français.
C'est au tour de Boon et de Gad Elmaleh.
Pour ce qui est des produits dérivés, ça nous vient des américains, c'est une sorte de souvenir officiel de ce qui a ému ou remué. Peut-être un système pour ne pas oublier ce que l'on a ressenti, et une certaine manière d'afficher ses opinions.
Plus jeune, j'écoutais du hard et je portais des T-shirts de mes groupes préférés. C'est une mode, et comme toute mode il est bien difficile de passer outre. Pourquoi des produits dérivés ??? Parce que ça marche tout simplement. Tant que les gens achèteront, on produira. Pour terminer, je paraphraserai Coluche qui disait..."Quand on pense qu'il suffirait que les gens ne les achètent plus pour que ça se vende pas !!!"
Ah...ce Coluche :-)

Kleinhase 31/07/2009 15:47

Ah, "Les Ch'tis" ! Que peut-on encore en dire, près d'un an et demi après sa sortie dans les salles obscures ?... Et bien pour ma part, ce fut une très bonne surprise, la meilleure de l'année 2008 à vrai dire. Je n'avais pas du tout l'intention d'aller le voir et l'ait donc découvert par hasard, parce qu'on m'a entraînée à y aller (reconnaissons aussi qu'il aurait été difficile d'échapper à ce film-phénomène !). Ma foi, j'ai ri comme je n'avais jamais autant ri au cinéma, et j'ai passé un très agréable moment (en même temps, j'ai le rire plutôt facile, ceci explique donc peut-être cela !). C'est en effet fort dommage que "Bienvenue chez les Ch'tis" ait par la suite été victime de son triomphe, en étant réduit à un simple objet de valeur commerciale (c'est ce que je trouve vraiment lassant dans le milieu du cinéma: dès qu'un film marche bien, place aux produits dérivés et au "Dieu Fric"... mais bon sang, pourquoi toujours chercher le profit ?!).

Dany Boon ne s'attendait sûrement pas à un tel engouement, et je dois dire que j'ai été assez révoltée en lisant les réactions de certains spectateurs; qui disaient que Boon avait fait un film "crétin" avec des comédiens "neuneus" qui parlent un langage incompréhensible, dans le but d'attirer des spectateurs "naïfs" aimant rire de tout et surtout de rien. Ce genre de réaction me met hors de moi... c'est comme quand on dit "20 millions de gens qui sont allés voir ce film... c'est 20 millions d'abrutis". Et j'ai également été révoltée en voyant que certaines personnes étaient affolées en voyant que "Les Ch'tis" était sur le point de détrôner "Titanic" au box-office français... sous prétexte que "Les Ch'tis" est un film simple et sans prétention, il ne méritait pas ce succès ?? Mais faut quand même pas oublier que lorsque "Titanic" est sorti, personne n'aurait pu imaginer qu'il ferait 20 millions d'entrées... un film de 3h sur le naufrage d'un bateau avec en toile de fond une histoire d'amour imaginaire et très larmoyante, ça n'avait franchement rien d'extraordinaire à première vue...

kschoice 10/12/2008 17:12

Je te comprends tout à fait...le marketing commercial fait autour du film à franchement de quoi saouler, au point d'en occulter le film même. C'est un peu dommage, mais comme tout succès, il est suivi de produits dérivés. Même si ces derniers sont l'occasion de reverser les profits à des oeuvres caritatives, ils n'en restent pas moins un peu excessifs et s'inscrivent finalement dans un phénomène de mode qui ne durera qu'un temps.