AVATAR... Cameron...fou intégral ou visionnaire de génie ?

Publié le

Twentieth Century Fox France

de James CAMERON

James Cameron. Twentieth Century Fox France

(Etats-Unis - 2009)

Date de sortie : 16 décembre 2009

Genre : Science-Fiction / 2h45

Malgré sa paralysie, Jake Sully, un ancien marine immobilisé dans un fauteuil roulant, est resté un combattant au plus profond de son être. Il est recruté pour se rendre à des années-lumière de la Terre, sur Pandora, où de puissants groupes industriels exploitent un minerai rarissime destiné à résoudre la crise énergétique sur Terre. Parce que l'atmosphère de Pandora est toxique pour les humains, ceux-ci ont créé le Programme Avatar, qui permet à des " pilotes " humains de lier leur esprit à un avatar, un corps biologique commandé à distance, capable de survivre dans cette atmosphère létale. Ces avatars sont des hybrides créés génétiquement en croisant l'ADN humain avec celui des Na'vi, les autochtones de Pandora.
Sous sa forme d'avatar, Jake peut de nouveau marcher. On lui confie une mission d'infiltration auprès des Na'vi, devenus un obstacle trop conséquent à l'exploitation du précieux minerai. Mais tout va changer lorsque Neytiri, une très belle Na'vi, sauve la vie de Jake...

On en parle depuis si longtemps. Tous les fans de SF, dont je fais partie, trépignaient d’impatience depuis trois ou quatre ans, quand James Cameron annonçait alors son retour ciné avec un projet titanesque, doublé d’un retour fracassant sur son genre de prédilection, la science-fiction. Cinéaste de l’extrême, à la rigueur impressionnante et à la maîtrise visuelle déterminée, Cameron avoue de lui-même aimer les défis au gigantisme aussi fort que coûteux…

Avatar, l'évènement tant attendu de cette fin d'année qui passionne déjà autant qu'il divise n’est plus désormais un espoir farouche ou une curiosité cinématographique de plus. Sorti il y a peu, et pour une fois, chez nous avant les américains, le film n’a pas manqué de rameuter tous les fans de ce réalisateurs hors norme.

A peine sorti, déjà critiqué de part et d’autre, en bien, en mal, dans l’indifférence blasée de certains qui y voient un projet marketing de plus uniquement basé sur les désormais sacro-saints effets spéciaux numériques, et donc par conséquent dénué d’âme et de quelque saveur que ce soit, ou dans une jubilation fébrile d’assister à un renouveau cinématographique pour le moins morne et parfois moribond, que la machine à rêve d’Hollywood ne nous délivre qu’avec une extrême parcimonie ces derniers temps.

Certains, dans l’entourage du cinéaste, promettaient avant l’heure, une révolution cinématographique sans précédent, arguant un budget colossal (300 millions !!!) acquis dans le seul but de créer une nouvelle technologie visuelle inédite. De la part d’un studio (20th Century Fox) qui enregistra il y a quelques années, des pertes toutes aussi colossales dans son département animation avec, déjà à l’époque, l’essai révolutionnaire de mêler animation traditionnelle et images numérique, le cruel bide que fût TITAN A.E. résonna pendant longtemps au bon souvenir des dirigeants du studio. Cet échec concrétisa d’ailleurs, la fermeture définitive du département animation du studio.

Alors quand un gaillard barbu, artiste dans l’âme, diplômé en physique, dessinateur, scénariste, producteur, photographe, monteur, réalisateur et autres talents nombreux vient quémander un max de blé dans le but de relancer un style qui n’a pas vraiment porté chance au studio (au lieu du mélange 2D/3D, ici prises de vues réelles et images numériques photo réalistes), le gaillard en question a tout intérêt à proposer un projet qui vaille la peine de risquer des sommes considérables, et quelque part indécentes puisque ces sommes représentent 2 à 3 années de budget de certains pays pauvres de la planète.

Mais le gaillard en question n’est cependant pas un novice, et à fait preuve par le passé d’un sens artistique réel, et n’est de plus pas apeuré des défis de ce genre. C’est que c’est un rusé le bougre. Afin de convaincre les décisionnaires, il va jusqu’à renier son salaire de réalisateur pour opter sur un intéressement aux bénéfices du film. C’est ce stratagème qui lui permet de tourner Titanic, et à l’instar de  George Lucas, en qui personne ne croyait à l’époque du tournage de Star Wars, Cameron fait la nique aux dirigeants les plus coriaces en ramassant bien plus d’argent de cette manière, qu’avec un contrat classique. Bingo…le film est un succès, collecte une flopée d’Oscars, et son réalisateur une flopée de dollars

Son cursus est on ne peut plus révélateur des ses capacités à diriger des projets aussi pharaoniques, long et coûteux, et d’une technique qui demande une rigueur qui effarouche bien du monde. Formé à l’école du système D de Roger Corman, pour des petits films d’horreur comme il en fleurissait tant à l’époque…c’est qu’il a travaillé sur les plateaux de John Carpenter peaufinant des effets spéciaux déjà à l’époque impressionnants pour New-York 1997.

 

Twentieth Century Fox France

   

Sa première grosse production en tant que réalisateur (poste qu’il convoitait depuis toujours en oubliant le problématique Piranhas II), ce sera Terminator, issu d’un cauchemar fébrile italien, tourné pour 6 malheureux petits millions de dollars, alors que le film en rapportera un peu plus de 80. A l’aide de Stan Winston (décédé il y a peu), auteur des animations robotiques du T-800, il crée Digital Domain, une société de production dédiée aux effets spéciaux numériques. C’est d’ailleurs cette société qui sera en charge des FX du deuxième volet du robot venant du futur, qui met une claque à bien du monde en cette année 1991 (Outre les films de Cameron, la société s’occupera des FX d’Armageddon, Le cinquième élément, Le jour d’après, I robot ou plus récemment Benjamin Button).

Puis il  donne une suite à la saga Alien, et son film est depuis considéré comme une des meilleures suites jamais tournées, dans toute l’histoire des suites de films (à voir bien sûr en version longue).

Il repousse les limites du numérique et des chantiers au gigantisme aussi forcené que son imagination pour Abyss, semi échec, mais qui reste pourtant une de ses œuvres les plus abouties, même si on ne peut s’empêcher de penser à un Rencontres du troisième type aquatique.

C’est toujours lui qui rue dans les brancards de la comédie d’espionnage avec son style toujours aussi bourrin, mais ô combien spectaculaire. True lies, malgré une absence totale se science-fiction si chère au cinéaste, est une réussite de plus dans la carrière de Cameron, qui remet une couche d’action jubilatoire, doublé d’un humour implacable. D’autres ont eu moins de chance (John McTiernan, lui aussi une pointure dans le domaine de l’action se rétame lamentablement et très injustement d’ailleurs avec son essai fantasque et incompris qu’est Last action hero).

Et c’est enfin lui qui redonne vie au plus luxueux et funeste paquebot coulé en avril 1912 dans l’Atlantique nord. Une fois de plus, chantiers ahurissants, reconstruction grandeur nature du paquebot, recherches approfondies avec des historiens, effets spéciaux on ne peut plus efficaces, reconstitution fidèle et forcenée…la note est tellement salée que deux studios sont sur le coup pour mettre à jour le projet. 20th Century Fox et Paramount.

Après son titanesque Titanic, il écrit une première version d’un nouveau projet SF, qu’il laisse vite tomber car les avancées technologiques ne permettaient en aucune façon de concrétiser raisonnablement le projet. Malgré le succès du premier Terminator, il apparaît aujourd’hui comme désuet, kitsch et passablement suranné. Force est de constater, que si à l’époque, il avait enchanté les adolescents dont je faisais partie, il a assez mal vieilli. Ne reste qu’une nostalgie profonde et une fidélité aux sensations alors ressenties pour pouvoir revoir encore et encore le premier volet du robot tueur. Mais je peux vous dire, pour l’avoir vu au cinéma à sa sortie, que Terminator était une vraie révolution visuelle et technologique, et n’a pas manqué de marquer les mémoires.

Cette fois-ci il veut faire les choses comme il faut, ne pas se précipiter et tourner le film alors qu’il sait que cela ne donnera rien de bon.

 

Twentieth Century Fox France 

  

En attendant, il produit et réalise quelques documentaires rigoureux (Les fantômes du Titanic-Opération Bismarck – Aliens of the deep), produit de la SF pour d’autres réalisateurs (Steven Soderbergh avec Solaris) ou se lance dans la série télé avec Dark Angel.

Et puis, il y a quatre ans, les choses se précisent au niveau technologique…

Si la motion capture (capture de mouvement) a fait son apparition il y a désormais quelques années dans les effets spéciaux numériques, c’est probablement Robert Zemeckis qui l’exploite de la plus incroyable des façons avec son Pôle Express.

Bien sûr, la tentative est probante et en jette un max, mais n’est pas non plus des plus abouties. On peut y voir des déficiences dans le regard des personnages, et des animations musculaires du visage encore un poil trop saccadées (c’est encore plus net sur Beowulf, pourtant tourné après). Sans compter le côté trop lisse des décors que l’on sait issus d’un numérique certes accrocheur et beau à l’image, mais finalement encore trop industriel.

Mais le principe est lancé, reste plus qu’à améliorer le procédé, le rendre plus fluide, et à le combiner à une 3D encore balbutiante.

Alors quand Avatar sort enfin sur nos écrans, qu’en est-il de cette révolution technologique et visuelle ?

Mon avis ne sera qu’un avis de plus parmi les nombreux autres qui parcourent les blogs ciné, et par conséquent un avis bien personnel qui ne sera pas forcément le vôtre. Le fait est que cette 3D dont on parle tant est très agréable, et souvent surprenante à l’écran. Cameron tourne d’ailleurs des plans propres à valoriser un système (qu’il nomme Fusion 3D) qu’il a contribué à développer. Je n’avais pas vu de 3D aussi réussie depuis le Futuroscope de Poitiers, il y a maintenant 10 ans. Si on ne voit qu’elle au début du film (la séquence en apesanteur est impressionnante) elle s’inscrit par la suite comme naturelle et se fait plus discrète, tout en étant toutefois bien présente dans les nombreux plans vertigineux des montagnes flottantes et sacrées du vortex de Pandora. La mise au point et l’infini sur l’image se confondent alors de la plus agréable des façons,  offrant au spectateur une profondeur de champ visuellement impressionnante. Durant les séquences de destructions, entre les étincelles, la poussière, les corps qui volent, cette profondeur de champ est on ne peut plus visible et du plus bel effet. Même si cette 3D, dans les séquences d’actions rapides atteint vite ses limites de fluidité.

De plus, même si l’achat des lunettes Real D à 2,50 euros augmente un peu plus le prix de la place, le spectacle en vaut tout de même la peine, sans compter, que vous repartez avec et elles pourront servir pour d’autres films pour peu que ces derniers utilisent bien sûr le même procédé.

Ces lunettes polarisantes, pas forcément très design, mais légères et agréables à porter, se distinguent des traditionnelles et désormais désuètes lunettes anamorphiques rouges et bleues. Ainsi donc, les couleurs ne sont plus dénaturées comme elles pouvaient l’être avec les autres lunettes. Un plus indéniable donc, puisqu’elles permettent d’apprécier les contrastes et la colorimétrie du film, qui est on ne peut plus chargée ici. Entre couleurs naturelles de la forêt millénaires, et celles, phosphorescentes, de la mousse et de la flore sylvestre, ainsi que des divers et étranges insectes, tout aussi lumineux qu’attirants, le spectacle est donc total et visuellement des plus agréables.

 

Twentieth Century Fox France

 

Alors révolution visuelle ? Oui et non…la technologie existait déjà, et Cameron n’a fait que l’améliorer. En lieu et place d’une vraie révolution visuelle, nous avons donc une formidable avancée qui sera probablement une référence à venir. Cameron place la barre très haut, et chaque film désormais se devra d’être, au minimum, aussi réussi visuellement. Les prochains projets 3D sont annoncés (ou déjà sortis) pour cette année 2010, Scrooge, 3ème expérimentation 3D de Zemeckis, les Toy Story, qui à l’occasion de la sortie du 3ème opus, seront ressortis en salle en version 3D, ou encore Joe Dante qui revient derrière la caméra avec un petit film d’horreur, The Hole, dont on dit que la 3D change résolument la donne. Wait & see…

En effet, on ne peut que constater que la révolution n'est certes pas dans le scénario qui n'a rien de novateur puisqu'il compile des clichés maintes fois utilisés, notamment avec John Dunbar, ou encore John Smith (pour ne citer que les plus connus), mais plus dans le traitement visuel que Cameron fait de ces clichés. Il sait qu’il ne révolutionne pas une histoire pour le moins classique désormais, et même prévisible parfois. On peut trouver dans la SF plusieurs écrits s’en rapprochant d’ailleurs.

Il faut donc avant tout voir ce film avec les yeux d'un enfant qui découvre les mondes enchanteurs que la SF ne manque pas de proposer dans les très nombreuses œuvres écrites de la littérature. Kaena ou Chasseurs de dragons proposent également des vortex et des mondes flottants.

La flore phosphorescente, les montagnes flottantes ne sont certes pas très originales puisqu’on peut en trouver depuis longtemps sur nombres de couvertures de livres SF et Fantasy, mais tout est ici mis en scène avec un réalisme incroyable qui donne vraiment envie d’y croire.

Oui, c'est un blockbuster pas très finot...Cameron le sait, et a même choisi délibérément de dévoiler l'histoire dans sa belle et longue bande-annonce. Mais quel bonheur visuel, et quelle force le film possède de nous rappeler que l'être humain s'est perdu en chemin, au profit d'une technologie qui, comme chez Tolkien tient plus du mal que du bien.

J'ai d'ailleurs ressenti les mêmes sensations dans la bataille finale de Pandora, que dans celle du Retour du roi, mise en scène par Peter Jackson, autre réal talentueux et imposant dans son style. La sensation d'un monumental gâchis, et l'envie de revenir à la vie simple de ces peuples imaginaires...loin de notre technologie, de nos voitures polluantes, de nos autoroutes embouteillées, nos consoles de jeux, alors que certains hommes, derniers sauvages dans un monde moderne, essaient de survivre dans une nature détraquée par l'autre moitié de l'humanité.

La relation du peuple Na'vi avec la nature qui l'entoure, faune comme flore, est à ce titre un triste rappel des colonisations, croisades et prosélytismes religieux infligés aux peuples indigènes des indiens d'Amériques (nord et sud) ou des peuplades africaines. L’exclusion territoriale des tribus indiennes du nord ou le massacre de la forêt amazonienne au sud étant les deux exemples les plus indiscutables des méfaits de la colonisation et du commerce technologique de l’homme blanc moderne.

 

Twentieth Century Fox France

 

Le film regorge ainsi de bonnes idées, le lien biologique avec tous les animaux et arbres se faisant par leurs cheveux par exemple. Intimant par là même un respect de chaque être vivant, féroce ou pas.

Le remerciement à l’animal qui vient d’être tué, pour sa chair, et le respect de son âme, aussi animale soit-elle, est également des plus intéressants, et se rapproche de beaucoup des coutumes ancestrales des peuples cités plus haut.

Oui, c’est caricatural et manichéen au possible…Le colonel balafré, au charisme certain, en est probablement l’exemple le plus flagrant, en étant obtus et rigoureux dans la mission qui lui a été donnée, confronté à l’humanité hésitante d’un soldat qui en a déjà pris plein la gueule. Mais il n’est pas le premier, et certainement pas le dernier. Les descriptions du comportement humain sont même très loin d’être fines et habiles, tellement elles sont amplifiées…mais en les confrontant à celles des Na’vi, le film prend ici tout son sens de conte moderne, et quelque part enchanteur.

Car c’est ce que j’ai été…enchanté de connaître les paysages luxuriants de Pandora, sa faune de monde perdu, sa flore aussi nombreuse, que chatoyante. Et ce peuple, en si parfaite communion avec la nature qui l’entoure.

Bien sûr, certains ne manqueront pas de taxer Cameron d'hypocrite opportuniste et manipulateur qui se sert justement de cette technologie et des médias publicitaires pour conditionner plus ou moins les spectateurs que nous sommes. On le sait désormais, Cameron met tout en œuvre pour divertir le spectateur. Mais il n’est pas non plus du genre à bricoler un film pour 5000 $ en utilisant toutes les ficelles d’un genre éculé pour en tenter un renouveau certes productif et rentable mais à la durée de vie passablement éphémère. Les œuvres de Cameron sont inscrites pour durer, et chaque dollar dépensé se voit à l’écran. On peut alors se demander qui des cinéastes d’auteurs ou du rouleau compresseur cameronien est plus à taxer d’esbroufe visuelle ?

Celui qui nous tire des larmes ou des frissons avec un film fait de trois fois rien, ou celui qui nous fait rêver en nous montrant ce que les spectateurs ont toujours voulu voir à l’écran…du spectacle. Etes-vous plus Guy Montagné dans une salle intimiste, ou la complexe structure spectaculaire du Cirque de Pékin ?

Qu’on se le dise…le cinéma, avant d’être intello, larmoyant, humaniste ou documentaire, était avant tout un moyen d’évasion formidable, et les tous premiers métrages étaient des œuvres de SF qui racontaient des choses impossibles. D’un certain voyage dans la lune, au monde perdu peuplé de créatures horribles, le cinéma a toujours été un moyen de s’évader, avant d’être réaliste et moralisateur.

 

Sam Worthington, Sigourney Weaver et Michelle Rodriguez. Twentieth Century Fox France

 

On peut bien sûr ne pas aimer ce cinéma-là et préférer les parlotes  interminables d’un Woody Allen avide d’auto-thérapie cinématographique, ou encore le génie surestimé d’un Stanley Kubrick opportuniste et grandiloquent, mais on peut également tout à fait succomber à la beauté des paysages de La terre du milieu ou de  Pandora, à la morale certes simpliste et prévisible que le film ne manque pas de nous intimer.

Il faut se remémorer les histoires qu’enfants nous aimions entendre, des histoires de princes et princesses, de sorcières maléfiques, de mondes moyenâgeux où régnaient dragons et  créatures de toutes sortes. A ce titre, Disney et ses animations basiques ne cesse depuis près de 75 ans d’avoir un succès toujours grandissant, doublé d’une estime quasi unanime de tout le monde, ceux qui adorent Allen et Kubrick, autant que ceux qui, comme moi préfèrent James Cameron ou Peter Jackson. Tout comme en littérature, où certains préfèreront et de loin John Steinbeck et Jack London  à Tolkien ou Robert E. Howard.

Tout n’est que question de point de vue, d’un ressenti purement personnel.

Pour en revenir à Cameron, s’il critique l’humain, en dénonçant tous ses côtés sombres, son arrivisme, sa vénalité, son orgueil, c’est pour  mieux mettre en avant ses qualités réelles, ici brillamment incarnées par son acteur principal Sam Worthington. Dans un de ses nombreux commentaires vidéo de sa mission, où le soldat livre ses ressentiments, on sent bien le retournement psychologique de ce dernier, et la douleur que ce dernier ressent entre son appartenance à l’humanité et l’attirance de ce monde nouveau et merveilleux. Il ressent d’ailleurs la honte, se qualifie de traître, un étranger non seulement envers les hommes dont il fait pourtant partie, mais auprès de ce peuple qui l’attire de plus en plus. Une douleur morale, après celle physique de sa paraplégie, qu’il devra surpasser pour être l’élu d’un peuple bien plus humain finalement que cette humanité dont il fait partie.

Si on est impressionné par la maîtrise technologique humaine, avec tous ces hélicos et énormes vaisseaux futuristes, on est aussi et surtout choqué par ce que l’homme en fait, et à quoi il les utilise.

Après avoir, au travers des yeux du soldat paraplégique (qui retrouve une certaine liberté dans le corps de son avatar) découvert la beauté de Pandora, on ne peut résolument qu’être choqué de voir tout cela détruit pour la simple acquisition d’un minerai fortement convoité car extrêmement cher.

 

Twentieth Century Fox France

 

La force, certains diront manipulation scénaristique, est de ressentir la honte d’appartenir à ce peuple humain, et le profond désir, tout comme le personnage à l’écran, de rester et de connaître un peu plus ce monde merveilleux qui nous est présenté.

Mais je dois le reconnaître, oui, il y a manipulation. Ce n’est finalement que pure vérité, et ça a toujours été ainsi.

Un auteur, quel qu’il soit (écrivain, musicien, réalisateur, ou même avocat) manipule son lecteur, son spectateur, son audience, avec des effets de manche racoleurs et fédérateurs. Mais il faut alors, et dans ce cas, avouer que l’on aime être manipulé de la sorte. C’est ce qui fait qu’une histoire nous touche ou pas.

On aime rire au cinéma. On aime pleurer, avoir peur, et être émerveillé aussi. Si Disney ne souffre d’aucune critique et est même reconnu pour les bienfaits de ses animations sur le mental spongieux des enfants qui ont besoin de repères, Cameron ne fait rien d’autre que continuer la longue tradition des contes.

Sauf qu’il le fait avec son style, un style visuel, percutant, extrême parfois, utilisant pour cela toute la technologie qu’il critique pourtant violemment.

Mais à bien y regarder, c’est aussi un mal pour un bien. Sans cette technologie et cette science, jamais l’homme n’aurait pu prendre conscience de son environnement et l’impérieuse nécessité de préserver celui-ci.

Les documentaires sont nombreux de par le monde pour nous faire découvrir la beauté de notre planète, même si pour y arriver, on circule à tout va au-dessus de la calotte glacière avec des appareils qui rejettent du gaz carbonique à outrance.

Alors que Cameron finalement, ne perd plus de temps avec de vraies explosions, de gros véhicules polluants, et ne décime pas des hectares de forêt pour avoir des belles flammes à l’écran. Ici, tout est faux, et pourtant tout à l’air réel.  A l’heure où les esprits se remémorent l’importance de la sauvegarde de l’environnement, Cameron apporte alors plus ou moins sa contribution en créant des scènes explosives sans aucune pollution…C’est aussi un peu ça la magie du cinéma d’aujourd’hui…y croire, alors que tout est faux. Qui n’a pas été ébloui par un numéro de prestidigitateur, alors que tout est arnaque finalement…manipulation ?

Honnêtement, laissez vos aprioris de côté, redevenez le gosse que vous avez été, replongez-vous dans les mondes fantastiques, sinon de Jules Verne ou Tolkien, celui, visuel et cinématographique de James Cameron.

Laissez-vous manipuler, et rendez hommage à la somme de travail colossale que ce projet à nécessité. Bien sûr Cameron n’est pas seul sur le projet, il faut bien sûr parler des acteurs, qu’ils soient réels (Worthington, Sigourney Weaver que l’on retrouve avec plaisir, Giovanni Ribisi avec un rôle un peu court, mais j’ai toujours apprécié cet acteur, Michelle Rodriguez qui concrétise une fois de plus l’attirance de Cameron pour les femmes à fort caractère, Stephen Lang dans le rôle du colonel balafré) ou numériques (avec bien sûr les doubles personnages de Worthington et Weaver en Na’vi, ainsi que Zoë Saldana ou Wes Studi un acteur amerindien qui concrétise lui, le côté hommage aux peuplades originelles du nouveau monde).

N’oublions pas James Horner, qui ces dernières années est habitué aux super productions ciné puisqu’il signait déjà les partitions de Titanic, mais aussi celles de Braveheart ou Apocalypto de Mel Gibson. Ici il reste fidèle à son style symphonique et percutant lors des scènes d’action,  en incluant également des thèmes plus tribaux pour les peuplades Na’vi et les nombreuses découvertes des beautés de Pandora, où la musique se fait enchanteresse avec des chœurs qui donnent irrémédiablement des frissons quand la musique, les chants et les images se présentent à nos yeux.

Alors…Cameron…Fou intégral ou visionnaire de génie ? Peut-être et certainement les deux, et c’est aussi pour ça que je l’apprécie et qu’il ne m’a jamais déçu. Et ce n’est certes pas avec Avatar que je le serai… Libre à vous désormais, de vous y frotter ou pas, mais le fait est que ce film reste une expérience nouvelle et hors du commun comme on en voit qu’une fois par décennie. Il serait donc dommage de passer à côté.

Ce n’est que du pur divertissement, et excusez du peu…mais putain c’que c’est beau !!! 18/20

 

 



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kschoice 01/09/2010 13:59

On est effectivement là pour ça et nous défondons chacun notre point de vue sur une passion que nous avons commune. Grâce à tous ceux, qui comme nous, débattent de leur avis respectif, les blogs foisonnent et c'est tant mieux :-)

copa738 31/08/2010 18:40

Tout y est une nouvelle fois : pour "Star Wars", je trouve les monstres ainsi que les créatures plutôt caricaturales. "Star Wars" ne se prend pas au sérieux alors qu'"Avatar" l'est. Chacun ses gouts, on esr là pour ça non ?

kschoice 31/08/2010 18:01

Eh ben...ça au moins c'est du direct, et ça a le mérite d'être clair :-)
Alors...par quoi je commence...?
Premièrement je n'ai jamais dit que le film de Cameron était parfait...j'ai même souligné son côté bourrin son manque de finesse et un scénario prévisible...on est tous d'accord là-dessus il me semble. Mais tu parles de faire des films avec le coeur...Cameron est l'archétype du mec qui fait tout avec passion, et c'est justement pour cela qu'il supervise un maximum son oeuvre, son bébé, sa création qu'il a peaufinée pendant plusieurs années. Besson avait fait de même avec son space-opéra "Le cinquième élément", donc oui Avatar a été fait avec du coeur, de la passion et en aimant ses acteurs ;-)

Pour continuer, nous ne sommes pas dupes, nous savons pertinemment, nous fans de Cameron, qu'il n'a pas inventé ce procédé de relief...tu parlais du "Crime était presque parfait" en 3D, encore une fois Hitchcok (que je respecte bien plus que Kubrick en terme de génie) n'a pas été le premier, puisqu'il y avait quelques mois auparavant "L'étrange créature du lac noir" un tout petit film basique....de monstre !!!
J'ai conscience de tout cela et je le signale dans mon article...que non, il n'a rien inventé, mais qu'il a indubitablement amélioré le procédé. Mais rien n'est parfait non plus, l'image est effectivement plus sombre, et il faut en tenir compte pendant le tournage. Quant au mal de tête, il y a quelques personnes, bizarrement réfractaires à la 3D...ET à Cameron, qui continuent à avoir des maux de tête alors qu'une très grande majorité ne ressent en aucun cas ce phénomène, beaucoup plus perceptible sur les lunettes anaglyphes rouges et bleues j'en conviens.

What else comme dirait Clooney :-D ...Oui...les plans larges abondants...euh pour un film qui parle de la découverte d'une planète, je vois mal un réalisateur, même Kubrick, faire uniquement des plans serrés sur les personnages...les plans larges du débuts de 2001, sont à ce titre également très très larges il me semble et Kubrick utilise le cinémascope pour cela...tout comme ceux qui tournèrent des westerns...imagine un peu un Danse avec les loups ou un Il était une fois dans l'Ouest, ou même plus récemment le sublime Into the wild de Sean Penn sans plan large des paysages...ce serait pas folichon et plutôt claustrophobique m'est avis ;-)

Alors comme ça Cameron n'a pas assez de couilles pour faire un film censuré !!!???
Quant on est à la tête d'un projet qui pèse 300 millions (500 avec la pub) on en fait justement la promotion pour rentrer dans ses frais, et on essaie de faire un truc qui ait de la gueule sans prendre trop de risque, c'est à mes yeux tout à fait normal, 500 millions c'est pas comme si tu perdais ton porte-monnaie avec dedans de quoi payer le pain de la semaine. Je vois donc mal un type comme Cameron faire un truc abscons et pompeux. Avatar est donc, et je suis entièrement d'accord, beaucoup plus prosaïque, mais pour moi, et je ne suis pas le seul, ça a de la gueule...et puis 2001 avait déjà été fait alors il fallait bien faire autre chose ;-)
Kubrick a pris tellement de risques dans ses films, tu l'as dit toi-même dans tes commentaires sur Shining, qu' il a finit sa vie en étant incompris.

Pour finir, tu dis que tu préfères un bon vieux Star Wars...excellent choix je te l'accorde...mais à bien y regarder qu'y a-t-il dans Star Wars ? ... un vilain méchant despotique qui détruit des planètes, une princesse romantiqe à délivrer, un mercenaire beau gosse et macho qui assure les parties comiques, et un "élu" qui comme de bien entendu va combattre avec "force" et courage le méchant, se transcendant brillamment pour laisser derrière lui le garçon de ferme pour devenir le dernier Jedi, et ainsi sauver la galaxie toute entière !!!!!!!!!!!!!!!
Ca c'est original tu trouves pas ??? :-)
Voyons, Lucas encore une fois n'a rien inventé et recycle lui aussi les histoires qu'il a lues dans sa jeunesse...pour en faire un film fait avec le coeur et avec passion...et que dire du merchandising de Lucas ?
Rien, c'est un mec qui a tout compris et qui joue avec le système...libre à chacun d'en faire partie ou pas.
Le fait est que des gars comme Disney (qui n'a fait que recycler toute sa vie lui aussi en adaptant des contes), Lucas, Cameron, Spielberg, Jackson sont aimés du public pour une seule chose...ils nous apportent du rêve, de l'émerveillement...qu'importe si c'est prévisible ou pas, c'est peut-être décérébré la plupart du temps, mais c'est ce qu'est le cinéma...du divertissement !

Merci de ta visite en tous cas, et n'hésite pas à commenter à nouveau, sur celui-ci ou sur un autre...tu seras toujours le bienvenu...même si tu n'aimes pas Cameron ;-)

copa738 31/08/2010 15:49

Bah moi justement j'ai trouvé ça trop étouffant. Il y a de l'action c'est vrai mais comme l'ensemble est plutôt prévisible, on se rend compte que tout est dissimulé (faiblesses du scénario, réalisation bancale) à travers des effets visuels à couper le souffle. Je préfère nettement un bon "Seigneur des anneaux" ou un vieux "Star Wars", là au moins l'action est distilée par d'autres évènements et les effets spéciaux sont aussi bien percutants.

borat8 31/08/2010 14:14

En même du divertissement comme cela, j'en voudrais bien tous les jours!